Tour de France : faut-il supprimer les oreillettes et les capteurs de puissance ?

Des coureurs du Tour de France évoluant en peloton pendant une étape

Je ne sais pas si je suis le seul, mais je n’ai pas aimé ce Tour de France 2026. J’irai même jusqu’à dire qu’il s’agit de l’un des pires auxquels j’ai assisté, alors que je suis le cyclisme et la Grande Boucle depuis près de trente ans. Son principal concurrent, à mes yeux, reste le Tour 2016, entre l’épisode du mont Ventoux, le Coca-Cola de Wout Poels ou encore la non-course de Joux Plane.

Bien sûr, il ne s’agit que d’un avis personnel. En discutant avec les commissaires de course de Velo-Club.net, j’ai proposé à Charles d’écrire quelques articles sur le sujet. Il a accepté.

Le but n’est pas de prétendre détenir une solution miracle, mais de réfléchir à différentes pistes susceptibles de rendre la course plus intéressante. Cette série sera divisée en trois parties : les règles, le parcours et les étapes.

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Dans cet exercice de pensée, me voilà donc propulsé à la tête de la plus grande épreuve cycliste du monde. Comment rendre le Tour de France plus spectaculaire ? J’ai essayé d’apporter quelques réponses. Je n’ai évidemment aucune solution miracle, mais j’ai l’occasion de partager mes réflexions avec vous, alors les voici.

Avant de commencer, deux précisions s’imposent. Premièrement, certaines propositions sont volontairement radicales afin d’alimenter le débat. Deuxièmement, elles doivent être envisagées comme un ensemble : prises isolément, elles n’auraient pas forcément les mêmes effets.

Le dopage et les zones grises

Le débat autour du dopage reste latent, alimenté par des vitesses et des records toujours plus impressionnants. Bien sûr, l’évolution du matériel, des méthodes d’entraînement, de la récupération ou encore de la nutrition explique une partie de cette progression. Mais est-ce la seule explication ? Certains coureurs sont-ils dopés ou surmédicalisés ? Où commence réellement le dopage ?

Pour simplifier cet article, nous considérerons ici que le dopage correspond à l’utilisation de produits ou de doses interdits.

C’est en lisant un article consacré aux produits à base de lactate de sodium utilisés par l’équipe UAE Team Emirates-XRG que m’est venue une idée. Je pense qu’il faudrait abandonner le principe actuel d’une liste de substances interdites au profit d’une liste de produits autorisés.

Aujourd’hui, tout ce qui n’est pas explicitement interdit peut être considéré comme autorisé. Je propose d’inverser cette logique : seuls les produits, substances ou protocoles figurant sur une liste positive pourraient être utilisés en compétition à des fins de performance ou de récupération.

Toute innovation devrait être soumise à une commission indépendante d’experts, puis analysée et validée si elle est jugée conforme. Elle serait ensuite intégrée à cette liste, avec sa composition et ses conditions d’utilisation rendues publiques sur un site accessible à tous : équipes, coureurs, médias et spectateurs.

Il n’y aurait ainsi plus de zone grise. Ce qui n’est pas explicitement autorisé serait tout simplement interdit. L’objectif ne serait pas d’empêcher l’innovation, mais de garantir que chacun puisse concourir avec les mêmes possibilités, dans un cadre clair et transparent.

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Le nombre d’équipes et de coureurs

Je ne changerais rien au nombre de coureurs par équipe. Il serait éventuellement possible d’ajouter une formation supplémentaire afin d’atteindre 24 équipes, mais cela ne me paraît pas indispensable.

L’intérêt serait surtout de donner à l’organisateur une invitation supplémentaire, attribuée indépendamment du classement UCI.

Réduire le nombre de coureurs par équipe ne ferait, selon moi, qu’accentuer les inégalités. Cette mesure affecterait assez peu les meilleures formations et pourrait même nuire au spectacle.

Une équipe construite autour d’un sprinteur retirerait probablement le coureur le moins indispensable à son train, par exemple celui capable de mieux passer les bosses, afin de conserver les équipiers chargés de rouler et de préparer les arrivées massives. La logique serait identique pour une formation engagée autour d’un candidat au classement général.

Les équipes les plus puissantes conserveraient donc l’essentiel de leur force collective, tandis que les formations plus modestes disposeraient de moins de possibilités tactiques.

Les mêmes règles pour tout le monde

Le principe paraît simple. Son application l’est beaucoup moins.

Il est difficilement acceptable de voir un coureur commencer un sprint intermédiaire au milieu de la voie de gauche et le terminer près du trottoir situé à droite sans être sanctionné. J’ai le sentiment qu’une telle manœuvre serait jugée plus sévèrement si elle était réalisée par un coureur moins installé dans la hiérarchie.

Plus problématique encore : aurait-il fallu attendre qu’une chute se produise pour prononcer une sanction ? Doit-on juger une action selon la manœuvre elle-même ou uniquement selon ses conséquences ?

On se souvient également de Bryan Coquard, pénalisé après une chute de Jasper Philipsen alors que ce dernier avait lui-même expliqué que le Français n’en était pas responsable.

La même exigence devrait concerner les voitures et les équipes. Lors de Paris-Roubaix, la voiture d’UAE Team Emirates-XRG avait réalisé une manœuvre extrêmement dangereuse au milieu des coureurs pour apporter quelque chose à Tadej Pogacar. Pour moi, une telle action devrait entraîner une exclusion immédiate du véhicule et de son conducteur. Si un coureur bénéficie directement d’un ravitaillement obtenu dans ces conditions, sa responsabilité devrait également être examinée.

Qu’il s’appelle Pogacar, Seixas, Evenepoel, Le Berre, Nicolau ou Märkl, le règlement doit être appliqué de la même manière.

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Supprimer les capteurs et les oreillettes

Nous entrons ici dans un débat opposant la recherche de la performance pure à celle du spectacle.

Une connaissance m’expliquait, il y a quelques années, que ce qui l’intéressait était de voir jusqu’où le corps humain pouvait aller. Dans cette logique, les capteurs de puissance permettent aux coureurs d’optimiser leur effort et de produire les meilleures performances possibles.

Personnellement, je m’intéresse davantage au spectacle, à l’instinct et à la prise d’initiative. Je supprimerais donc les capteurs de puissance et les oreillettes pendant les courses.

En allant au bout de cette logique, je retirerais également l’accès en direct à la fréquence cardiaque, à la vitesse ascensionnelle et à toutes les données susceptibles de guider précisément l’effort. Les coureurs pourraient naturellement utiliser ces informations à l’entraînement et les analyser après la course, mais pas les consulter pendant l’épreuve.

En compétition, ils disposeraient uniquement du kilométrage, de la vitesse et éventuellement du temps écoulé. Tout cela devrait évidemment être contrôlé.

Il s’agit d’un retour en arrière et j’entends les arguments opposés. Mais je préfère voir l’homme précéder la machine.

Cette mesure ne bouleverserait probablement pas la hiérarchie naturelle. Certains coureurs seraient néanmoins plus désorientés que d’autres sans leurs données. Pour les utiliser moi-même, je sais à quel point elles peuvent être précieuses. Leur suppression pourrait toutefois laisser davantage de place à l’instinct, à l’erreur et à l’initiative.

Il faudrait, en contrepartie, revoir l’information transmise aux coureurs afin qu’ils connaissent les écarts, la composition des échappées et, pour les derniers, leur situation par rapport aux délais.

Imposer un minimum de jours de course

Le Tour de France se déroulant à une période déjà avancée de la saison, je pense que chaque participant devrait avoir disputé au moins 21 jours de course avant de prendre le départ.

La Grande Boucle est suffisamment puissante et attractive pour continuer à réunir les meilleurs coureurs malgré cette obligation. Exiger un minimum de compétition permettrait aussi de valoriser le reste du calendrier et d’éviter que certains leaders ne construisent presque entièrement leur saison autour d’un nombre très limité d’épreuves.

Selon mon décompte, Tadej Pogacar aurait été le principal coureur concerné cette année. Même Remco Evenepoel avait dépassé la vingtaine de jours de course malgré une interruption de près de trois mois.

Le seuil de 21 jours peut évidemment être discuté. Le principe me semble néanmoins intéressant : participer au Tour devrait aussi nécessiter d’avoir participé à la saison cycliste qui le précède.

Repenser les classements annexes

La catégorie espoirs s’arrêtant à 23 ans, je ferais également du maillot blanc un classement réservé aux coureurs de cette tranche d’âge.

Je ne changerais rien au classement par points et au maillot vert dans leur format actuel.

En revanche, je rétablirais pour le classement de la montagne le barème de points utilisé en 1998, beaucoup plus généreux :

CatégorieBarème proposé
Hors catégorie40 – 36 – 32 – 28 – 24 – 20 – 16 – 14 – 12 – 10 – 8 – 6 – 4 – 2 – 1
1re catégorie30 – 26 – 22 – 19 – 17 – 15 – 13 – 11 – 9 – 7 – 5 – 3
2e catégorie20 – 18 – 16 – 14 – 12 – 10 – 8 – 6 – 4 – 2
3e catégorie10 – 8 – 6 – 4 – 2 – 1
4e catégorie5 – 3 – 2 – 1

Si un nouvel Anthony Charteau apparaît, ce n’est pas grave. Quel mépris pour ce coureur, d’ailleurs, que d’avoir ensuite modifié le système pour obtenir régulièrement un maillot porté presque par défaut par l’un des meilleurs grimpeurs du classement général.

Avec un barème plus généreux, beaucoup plus de coureurs seraient concernés.

Lorsqu’une échappée de cinq hommes se forme sur une étape de plaine, les quatre premiers pourraient être récompensés sur une côte de quatrième catégorie. On éviterait ainsi de voir, dès la troisième ascension, un ou deux coureurs être les seuls à avoir marqué des points. Plusieurs membres de l’échappée pourraient continuer à se disputer les différents sommets.

Si trois échappés franchissent une côte de troisième catégorie, un petit sprint pourrait également avoir lieu dans le peloton pour récupérer les points restants. Cela ne se produirait pas systématiquement, mais ces enjeux ajouteraient de petites animations tout au long des étapes.

Créer un classement du baroudeur

Je modifierais également le classement de la combativité en créant, en parallèle, un véritable classement du baroudeur.

Celui-ci serait calculé selon le nombre de kilomètres parcourus en tête dans une échappée de dix coureurs ou moins. Un coefficient dégressif serait appliqué aux groupes plus importants : échappées de 11 à 15 coureurs, de 16 à 20, puis au-delà.

Ce système récompenserait les coureurs qui animent réellement la course et s’engagent régulièrement à l’avant, sans donner la même valeur à une offensive solitaire et à la présence dans un groupe d’une trentaine de concurrents.

Concernant le prix de la combativité, puisqu’il s’agit déjà d’une récompense subjective, autant faire voter le public. Et si le résultat se transforme en concours de popularité permanent, il faudra alors envisager de supprimer complètement ce classement.

Revenir aux temps réels

Personnellement, je considère que les règles de la flamme rouge, puis celles des trois, voire des cinq derniers kilomètres, ont progressivement dénaturé les arrivées.

Je suis favorable à une règle simple : les temps réels pour tout le monde, avec des écarts comptabilisés dès qu’ils dépassent une seconde.

Oui, cela pousserait certains coureurs à prendre davantage de risques pour aller chercher la moindre seconde. Mais les risques ont toujours fait partie du cyclisme de haut niveau. Je préfère une règle identique pour tous à une succession d’exceptions qui finissent par influencer profondément la manière de courir.

Avec les parcours que je proposerai dans le prochain article, les occasions de reprendre du temps seraient d’ailleurs bien plus nombreuses qu’aujourd’hui. Les coureurs n’auraient donc plus besoin de jouer leur Tour uniquement dans les derniers hectomètres d’une poignée d’étapes.

Pour être honnête, j’avais presque renoncé à intégrer cette proposition, car j’ai trouvé qu’il y avait eu moins de chutes sur ce Tour de France 2026. Mais la décision de neutraliser les écarts lors de la dernière étape m’a fait changer d’avis.

À mes yeux, cette décision va à l’encontre du principe même d’une course cycliste : tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, le classement doit pouvoir évoluer.

Toutes ces propositions sont discutables, et certaines sont volontairement radicales. Elles ne rendraient pas automatiquement chaque étape spectaculaire. Elles pourraient même créer de nouveaux problèmes. Mais elles ont un objectif commun : replacer l’incertitude, l’instinct, l’initiative et l’égalité de traitement au centre du Tour de France.

Dans le prochain volet, je m’intéresserai au parcours général de l’épreuve.

Par Benjamin Arnaud

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