Peter Pouly : « J’aimerais bien qu’on arrive à gagner l’Asia Tour »
Présent sur le circuit Asia Tour depuis de nombreuses saisons, Peter Pouly fait le point sur le projet Roojai Winspace pour Velo-Club.net. L’occasion de revenir sur le début d’année de l’équipe, l’arrivée d’un nouveau sponsor mais aussi celle de Baptiste Poulard.
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Un mot sur l’intersaison pour débuter avec plusieurs moments marquants dont l’arrivée d’un nouveau sponsor, Winspace, comment se sont passées les négociations avec eux ?
Cela faisait un moment que je cherchais un sponsor supplémentaire pour avoir un peu plus de budget, et via un intermédiaire, j’ai pu rentrer en contact avec Winspace. C’est pour nous une très bonne nouvelle, car en dehors de l’aspect financier, Winspace nous apporte aussi des vélos, des roues, ainsi qu’une cinquantaine de groupes Shimano.
Pour l’équipe, c’est un vrai coup de boost au niveau matériel, car nous étions forcément légers sur cet aspect, comme beaucoup de structures Conti. La transition a par ailleurs amené beaucoup de travail, notamment pour livrer les vélos, car nous avons des athlètes présents un peu partout en Asie et en Océanie.
On est vraiment satisfaits, les vélos sont top, tu vois, les mecs sont super contents, donc c’est parfait.
Tu as créé la surprise en recrutant également Baptiste Poulard, comment l’as-tu convaincu de rejoindre ton projet ?
J’avais entendu parler de lui depuis deux ans environ déjà, et j’ai appris que sa maman était thaïlandaise alors qu’il avait signé chez Arkea, donc je me suis dit que ça ne valait pas la peine de lui envoyer un message, tu vois, car il n’y avait aucun intérêt sportif pour lui à ce moment de venir courir en Asie (rires).
Ensuite, quand j’ai remarqué que c’était compliqué pour Arkea, mais aussi pour beaucoup de N1, je lui ai envoyé un petit message. Il était assez content car c’était la première fois que la Thaïlande s’intéressait à lui. J’ai aussi senti qu’il avait envie de renouer avec ses racines, qu’il ne connaît pas trop, car sa maman vit en France depuis très longtemps.
Les choses étaient un peu complexes au début, car il n’avait pas d’acte de naissance ou de passeport thaïlandais. Mais finalement les choses se sont bien déroulées, je lui ai fourni une lettre pour l’ambassade afin d’aider à accélérer la procédure, et il a obtenu son acte de naissance en une semaine, et son passeport en un mois.
Logiquement, ça n’a pas été facile de le convaincre, car il a un très bon niveau, et forcément encore de belles choses à faire en Europe. Il avait en plus un accord verbal avec une structure de Conti Fédérale, qui lui proposait un beau programme de courses. Ce que je comprenais, mais je lui ai dit que pour faire les JO 2028 avec le pays, il valait mieux venir en 2026. Le temps de s’intégrer dans le pays, de se faire accepter également, et de se faire aussi à la manière de courir en Asie, qui est différente.
Baptiste souhaitait également être rassuré, car il y a pas mal d’équipes « fantômes » en Conti, et le patron de Roojai, qui est aussi français, l’a appelé. Une fois convaincu, les choses ont été assez rapides.
Le début de saison a été très bon, avec fin février une 22e place au classement UCI, t’attendais-tu à cela ?
Pas vraiment, car l’année dernière ça a quand même été assez compliqué. On avait de bons espoirs avec Baptiste sur le championnat national, mais tu sais comme moi que ça reste une course de vélo, et que c’est toujours compliqué. Donc, ouais, honnêtement, je ne peux pas dire que je sois vraiment surpris, mais il y a tellement de paramètres à prendre en compte dans le cyclisme. Tu vois que l’an passé, on avait une bonne équipe, et finalement ça n’a pas fonctionné.
Mais je pense que l’arrivée de Baptiste, combinée à celle de Winspace, ça a donné un gros coup de boost à l’équipe. Tout ça combiné au fait que j’ai fait un recrutement à 80 % asiatique, ça crée une belle émulation.
Justement, tu as moins d’extra-asiatiques que l’an passé, est-ce que c’était une volonté de ta part ?
Oui, et c’était le choix de Winspace aussi, c’est ce qu’ils ont apprécié dans notre projet, c’est qu’il y avait beaucoup de coureurs asiatiques. Ce sont également des coureurs qui sont actifs sur les réseaux sociaux, et ça c’est important pour les marques en Asie. Je sens que l’équipe est plus soudée, que les gars se comprennent mieux, tu vois, ils vivent vraiment bien ensemble aussi. Tout ça fait qu’on a réalisé un beau début de saison.
Quels sont les objectifs en 2026 ?
Par rapport à l’an passé, je vais essayer de recentrer un peu plus l’équipe sur un calendrier plus abordable. L’année dernière, on a fait beaucoup de belles courses, mais tu t’aperçois au final que tu y scores très peu, donc on va recentrer. Les deux gros objectifs à venir, ça va être le Tour de Taïwan, qui est important pour nous, ainsi que le Tour de Thaïlande forcément. Il faudra aussi scorer sur les championnats d’Océanie, les Asian Games, et les Panaméricains. J’espère qu’avec ça, plus quelques belles performances sur des courses UCI, on sera dans les trois premiers. Honnêtement, j’aimerais même bien qu’on arrive à gagner l’Asia Tour.
Est-ce qu’on a des chances de voir Roojai courir en France cette saison avec Baptiste Poulard ?
Je pense que ça va être compliqué cette année. J’ai tenté de contacter quelques organisateurs, mais il n’y a plus beaucoup de places, et le problème, c’est que venir en Europe représente un budget considérable pour une équipe comme nous. J’aimerais bien, mais c’est difficile, même si Baptiste donne du sens par rapport à ça. Il aurait aussi fallu que je puisse planifier ça en octobre dernier, mais ce n’était pas possible.
Comment juges-tu le cyclisme asiatique ? Quelle marge nous sépare encore de l’idée de voir plusieurs Pro Team émerger dans des pays comme la Chine, la Thaïlande, la Malaisie, etc… ?
Je ne pense pas que ce soit une question d’argent, mais personne ne l’a fait, et ça fait peut-être un petit peu peur. Les dossiers sont compliqués à monter, les différentes garanties, il faut aussi être une société, et je ne suis pas certain que ça soit le cas pour beaucoup de structures sur le continent. En Thaïlande déjà, pour prendre mon cas de figure, tu ne peux pas être actionnaire majoritaire d’une société, et il te faut aussi un nombre minimum de locaux à l’intérieur de celle-ci. Il faut également que tout le monde soit en « work permit », enfin bref, je t’épargne tous les détails, mais c’est compliqué, et c’est ce qui freine.
Peut-on imaginer voir Roojai passer en Pro Team ?
On espère avec l’arrivée de Baptiste que ça va débloquer pas mal de choses en Thaïlande, et que ça va nous permettre de récupérer plus de sponsors. C’est plus un rêve qu’on a, mais il faut entre 5 et 10 millions pour monter une structure qui tient la route.
Pour finir, un mot sur la France, est-ce qu’on pourrait t’imaginer revenir ?
Non non, je ne reviendrai pas, ma vie est en Thaïlande, j’ai ma femme et mes enfants, et ça fait presque 20 ans que je suis ici. Honnêtement, si je reviens, c’est parce que je n’ai pas le choix.
Tu n’as pas de rancœur par rapport à ce qui s’est passé en France quand tu étais plus jeune ?
Non, je n’ai pas de rancœur, je suis passé à autre chose. Je prends tout ça comme des leçons de vie, ça m’a donné de l’expérience, et ce sont des choses que je peux partager également maintenant, pour ne pas que les jeunes tombent dans les mêmes pièges.
Mais pour répondre à ta question précédente, ça ne fait pas partie des facteurs pour lesquels je ne reviens pas en France. D’ailleurs, je suis toujours assez surpris, car j’ai toujours l’impression qu’en France, il y a des gens qui ne m’aiment pas, et quand je suis en rapport avec des coureurs et des organisateurs, je m’aperçois que ça se passe plutôt bien. Mais tout ce qui s’est passé avant me sert dans la vie de tous les jours.
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