Gilles Da Costa : « La FFC est revenue à un équilibre financier »
Présent sur le Vélodrome de Bourges lors des Championnats de France sur piste, Gilles Da Costa en a profité pour nous accorder un long entretien. L’occasion de faire le point avec le trésorier de la Fédération Française de Cyclisme sur les finances de la FFC, mais aussi sur celles des comités régionaux.
🔍 À lire aussi : Oscar Nilsson-Julien champion de France de la course aux points 2026Pour débuter, il se dit que vous êtes celui qui a redressé les finances de la FFC, légende ou pas ?
C’est un travail collectif. J’ai mis en place des méthodes, mais d’une part, notre président était en phase avec ces objectifs de redressement budgétaire et, d’autre part, la comptabilité, c’est un système. Il faut contrôler et sécuriser aussi bien les rentrées que les sorties, et chaque composante de la FFC y a mis du sien.
Est-ce que vous êtes satisfait du résultat, neuf ans plus tard ?
On partait avec un niveau de fonds propres négatif et un besoin de trésorerie important. Désormais, nous avons un niveau de fonds propres qui s’élève à 1,5 M€, et nous pouvons en être satisfaits. Mais finalement, il y a deux périodes : la première de 2017 à 2022, où, malgré le Covid, nous avons pu réunir des conditions permettant de rétablir les comptes. C’est dans cette période que nous sommes passés de -600 000 € en fonds propres à +1,5 M€.
Désormais, et donc depuis 2023, nous sommes sur un résultat qui se situe aux alentours de 0. Une année, c’est un peu plus, l’autre un peu moins. Pour résumer, je dirais que nous sommes sur un régime courant qui est voisin de l’équilibre, ce qui, d’ailleurs, est normal pour une fédération. L’objectif, ce n’est pas de « faire de l’argent », mais de développer une activité pour les clubs et comités.
Cela traduit aussi une situation plus délicate, notamment liée aux effets de l’inflation, qui est venue alourdir nos charges, mais aussi à la raréfaction des financements publics. Tout cela fait également que nous ne pouvons plus, vu le contexte, suivre les recommandations de la Cour des comptes, qui nous demande par exemple de fonctionner avec 2,5 M€ de fonds propres, alors que nous sommes à 1,5 M€.
Aujourd’hui, dégager 1 million supplémentaire, ce serait sacrifier des activités ou alourdir des charges, ce qui est impossible au regard du contexte général. Notre stratégie est différente : elle consiste à conserver ce niveau de fonds propres et à rester sur un résultat équilibré chaque année.
En juillet dernier, lors d’un BE, vous expliquiez qu’il fallait s’attendre à une année 2026 extrêmement difficile pour la FFC et son écosystème. Est-ce qu’il faut avoir peur pour cette année ?
Le budget 2026 a été voté jeudi lors du dernier BE, et nous serons à l’équilibre avec 15 000 euros de résultat, sur un total de 25 M€ d’euros. Effectivement, en juillet, j’expliquais que les choses allaient être difficiles, et ce pour deux raisons.
La première, c’est que nous sommes sur une année sans événement majeur international, et donc sans les recettes qui vont avec. L’autre élément, c’est la raréfaction des fonds publics, car on nous annonçait à cette époque-là un budget des sports fortement contraint. Finalement, et pour diverses raisons, la cause du sport français a été entendue, et notre notification de l’ANS reste satisfaisante par rapport aux craintes que nous avions.
Donc, si je résume, vous êtes moins inquiet aujourd’hui qu’il y a six mois ?
Voilà, oui, pour 2026, nous avons pu construire un budget à l’équilibre.
Certains résultats sont négatifs, comme le résultat d’exploitation. Est-ce que cela vous inquiète ?
Cela ne m’inquiète pas, car nous avons procédé à une opération que nous demandait le commissaire aux comptes. C’est une opération de redéfinition de nos stocks, car nous avons, à la Fédération, une partie de stocks qui est importante dans notre budget, notamment au niveau des vélos.
Nous avions une règle comptable jusqu’à présent qui laissait une valeur de stock résiduelle à hauteur de 15 %, ce qui veut dire que si nous avions un bien qui avait 20 ans, il conservait 15 % de valeur, ce qui est considéré comme une forme d’anomalie sur le plan comptable. Nous avons donc dû réajuster, et cette régularisation comptable coûte environ 400 000 euros dans l’exercice 2025.
Sans ça, vous seriez donc positifs ?
Oui, mais dans le même temps, c’est aussi une sécurité définitive que nous donnons à la Fédération. Nous avons choisi qu’au-dessus de cinq ans, la valeur nette comptable soit ramenée à zéro.
Quelles seraient, selon vous, les priorités pour poursuivre dans cette optique de stabilisation ?
Pour améliorer un budget, il faut diminuer les dépenses et améliorer les recettes, et sur le premier aspect, nous sommes arrivés à un socle qu’il ne faut pas franchir.
Est-ce qu’il faudrait plus de partenaires privés ? J’ai l’impression qu’il n’y en a pas beaucoup.
L’autre solution, c’est effectivement d’augmenter les recettes et les produits. Pour le premier aspect, il faut continuer à augmenter les partenariats, c’est ce que l’on cherche à faire, car on pense qu’il y a encore du potentiel de valorisation de la Fédération.
Et pas que sur la dimension sportive : sur les activités de responsabilité sociale et environnementale, par exemple. J’étais hier à l’AG du Comité de Bourgogne-Franche-Comté. Nous sommes intervenants sur le tourisme, les mobilités, le savoir rouler à vélo, le sport santé, etc. Nous avons développé des activités dont le but est de permettre aux clubs et aux comités de s’emparer de ces dispositifs, ceci pour qu’ils puissent eux-mêmes générer des recettes. On voit d’ailleurs que nous parvenons à attirer des partenaires sur ces dimensions sociétales.
L’autre objectif, c’est de continuer sur l’événementiel, parce que nous avons un savoir-faire. Pour le moment, ce secteur nous coûte environ 1 M€ d’euros par an, et il faut que l’on regarde comment on peut mieux gérer cet événementiel. On a également créé une société avec un partenaire, France Vélo Événement, dans laquelle nous possédons 49 % des parts. On voudrait que cette société nous permette notamment de travailler autour du gravel, car nous voyons que c’est une discipline émergente.
Sur les comités régionaux, est-ce que la Fédé est vraiment solidaire de la dette de ces derniers ?
Dans la pratique, quand les comités régionaux sont en difficulté, comme ici en Centre-Val de Loire, ces derniers ne paient pas les factures de la FFC, notamment celles qui concernent les licences. Ce sont les comités régionaux qui perçoivent l’argent des licences, et ensuite la Fédé qui facture la part fédérale. C’était le cas pour l’Île-de-France, où il y a eu une procédure, ce qui n’est pas le cas du CVL. Ici, nous sommes dans une situation délicate et différente, avec une équipe qui a changé.
Oui, et là, nous en sommes à l’étape de mise en place d’une convention d’apurement. C’est-à-dire que l’on constate la dette à une date donnée et que l’on donne un délai de trois ans pour tenter de l’apurer. D’ailleurs, le Centre-Val de Loire honore toutes ses échéances trimestrielles.
Mais globalement, la situation de cette région, ce n’est pas celle de la France, et pour le reste des comités régionaux, les finances sont saines, très saines même.
Est-ce que certains des comités vous inquiètent quand même ? Je pense aux DOM-TOM notamment.
Oui, les deux points de difficulté sont le Centre-Val de Loire, qui est sous maîtrise grâce à la convention qui a été passée et où il faut faire des efforts et des sacrifices.
Oui, parce que vous parliez d’équilibre, mais ici, j’ai l’impression qu’on se retrouve beaucoup à sacrifier le sportif.
Disons qu’ils ont besoin de rétablir les finances, parce que sinon, il y a un vrai risque majeur.
Pour revenir à l’outre-mer, la Martinique commence à présenter quelques signes d’inquiétude. En Martinique, c’est la succession d’Alfred Defontis, qui a été un grand monsieur du cyclisme martiniquais, qui m’inquiète le plus, et on a mis un peu le comité sous surveillance, et nous nous interrogeons sur l’idée ou non de mettre en place une convention financière.
De manière générale, il faut aussi constater qu’il y a eu un phénomène de « vie chère » en outre-mer, ce qui a forcément pesé sur les budgets, et donc la situation est délicate. Mais pour le reste, et à ce jour, il n’y a aucune alerte. Nos comités se portent d’ailleurs beaucoup mieux qu’avant le Covid.
Pour finir, on parle souvent du « mille-feuille » administratif français. Est-ce qu’il n’y a pas un doublon ou des économies à faire entre comités départementaux et comités régionaux ? Est-ce que les deux sont utiles ?
Si vous voulez, nous sommes dépendants des organisations institutionnelles. Il y a des conseils départementaux qui veulent trouver des interlocuteurs dans le monde du sport et qui souhaitent qu’il y ait un comité départemental.
Mais du point de vue du « comptable », qu’est-ce que vous en pensez ?
Je pense, et je plaide dans ce sens depuis longtemps, qu’il devrait y avoir des conventions plus claires entre comités départementaux et régionaux pour définir qui fait quoi. Je pense aussi que le comité départemental est indispensable pour tout ce qui concerne les actions de proximité. La fusion des régions a conduit à de très grands comités, et on doit trouver un rôle de proximité et de relais au niveau du comité départemental.
Mais le « qui fait quoi » doit être établi. Si un comité régional délègue une tâche à un département, il doit lui donner les moyens d’accomplir sa mission, y compris en ce qui concerne les logiques de flux financiers. Je sais que ça se pratique en Bretagne, par exemple, et ailleurs, on mériterait d’aller dans ce sens-là, de façon à ce que l’euro dépensé à l’échelon du département ne le soit pas ensuite à celui de la région.
Est-ce que vous avez déjà réfléchi, en termes d’échelle, à ce que ça représenterait en termes d’économies ?
Déjà, il y a des réflexions à avoir sur les gouvernances, parce que nous sommes confrontés à une problématique du bénévolat, et il faut aussi gérer le temps des bénévoles. Quand ils sont en comité départemental, ils ne sont pas en comité régional, et si on définit bien « qui fait quoi », on pourra déjà mieux utiliser les ressources humaines que sont celles du bénévolat. Cela permettrait de donner de la force, alors qu’aujourd’hui, il y a parfois des phénomènes de concurrence.
Au niveau des comités régionaux, je pense qu’on peut avoir des logiques sur les achats, notamment en termes de mutualisation, y compris dans la dimension événementielle, sur la sécurité par exemple, ou la mise en place des systèmes de secours, etc.
Il y a des choses à travailler, notamment en ce qui concerne le coût des épreuves, car je pense que c’est une priorité majeure. La logique est implacable : moins d’épreuves, moins de licences, c’est évident. C’est dur d’organiser une épreuve, c’est coûteux, et notre priorité doit aller vers une diminution du coût des courses.
D’abord sur les assurances : comment on répartit différemment la charge d’assurance. On a choisi de faire payer plus les licenciés pour moins taxer les organisateurs. C’est un choix, et ça a été critiqué, mais nous avons augmenté le prix des licences, et ce produit-là, on l’a affecté à la diminution de la charge d’assurance des comités. À eux désormais de le retranscrire aux organisateurs.
Mais la mutualisation que vous évoquez, est-ce qu’elle peut aussi redescendre jusqu’aux clubs, pour qu’il y ait par exemple des plateformes communes ?
Nous sommes confrontés parfois aux limites du mouvement associatif et des moyens consacrés pour construire des réponses. À la Fédération, nous avons des moyens humains, à la fois en termes de salariés et de bénévoles, idem dans les comités. Oui, les idées ne manquent pas, mais c’est la traduction des moyens en actions qui est plus délicate. On bute logiquement sur des problématiques de disponibilité et de ressources, notamment humaines. Il faut aussi reconnaître que dans le cyclisme, il y a une part de conservatisme qui est parfois importante, ce qui est une force, mais parfois aussi une faiblesse.
Pour transformer les choses, notamment au niveau de la digitalisation, tout le monde n’a pas, par exemple, toutes les facilités pour se saisir des outils. Pour conclure, il faut aussi prendre en compte qu’une fédération repose aussi sur des bénévoles.
Propos recueillis par Charles Marsault, photo : Fédération Française de Cyclisme
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