Opinion : Peut-on courir chez les pros si on ne paye pas ses coureurs ?

Peloton sur une course cycliste en France, image d’illustration.

Peut-on courir chez les pros si on ne donne pas de salaire à ses coureurs ? C’est la question qui anime depuis quelques semaines le petit monde du cyclisme français, au cours d’un débat, qui manque souvent de hauteur.

Un débat où chacun semble avoir tout d’abord prêché pour sa paroisse, sans avoir une seule seconde en ligne de fond l’intérêt commun. Pourtant, lorsque l’on se pose ne serait-ce qu’une seconde, on peut s’apercevoir facilement du problème. Un problème qui, à mon avis, se résume en une phrase : « Si tu ne payes pas tes coureurs, tu n’es pas pro »

Le principe est assez limpide, et ferait sens dans n’importe quelle entreprise, ou secteur d’activité. Personne ne voudrait dans son domaine avoir à faire face à ce qu’il considère être de la concurrence déloyale.

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Pas moins de 4 courses de classe .1 françaises pour le VC Rouen

Pourtant, le VC Rouen, sans rémunérer via un salaire ses athlètes (c’est interdit par le règlement), va participer à Paris-Camembert, à la Polynormande, au Tour du Limousin, et à Paris-Chauny. 4 épreuves où l’équipe sera en concurrence directe avec des structures comme Saint-Michel, Nantes, Nice ou Van Rysel, qui elles allouent la majeure partie de leur budget à leur masse salariale. Où est la justice dans cette histoire ?

Un risque de disparition des Conti traditionnelles

Là encore, les conséquences possibles face à ça sont assez évidentes, et la question qui va se poser pour les Conti est la suivante : « Comment convaincre un partenaire de mettre de l’argent dans un projet vertueux où les athlètes sont rémunérés s’il peut avoir sensiblement la même chose sans qu’on ait à payer les coureurs ?

43 coureurs potentiellement en danger

Quel risque pèse sur les athlètes de division Conti qui ont une famille à nourrir, et pourraient dès 2027 se retrouver sans revenu salarial ? Si les Conti venaient à revoir leur copie, c’est pas moins de 43 athlètes qui seraient concernés par le sujet, et pourraient voir leur salaire disparaître en fin de saison. Le cyclisme français se porte-t-il tellement bien que l’on peut se payer ce luxe ?

Une course pro en plus, c’est un front en moins chez les amateurs

Ici aussi, la logique est implacable. Si une Conti fédérale participe à 4 épreuves chez les pros, c’est forcément 4 fronts de moins chez les amateurs. Et par conséquent, 4 organisateurs qui verront une structure en moins participer à leur évènement. Les courses élites remplissent-elles tellement leur liste de départ qu’elles peuvent se passer des N1 qui ont passé le cap de la Conti fédérale ?

Entendre la problématique des Conti fédérales

Le piège, face à la situation précaire du cyclisme français, c’est de tomber dans une opposition facile, où chacun conclut tout d’abord que l’autre veut sa peau. C’est là aussi où il faut entendre le discours des Conti fédérales, qui finalement ne cherchent qu’à tenter de pérenniser leur structure. Ce n’est pas parce que la règle est mauvaise qu’il faut blâmer celui qui en tire avantage. C’est au législateur de la modifier. Reprocherait-on à XDS – Astana d’avoir mis l’an passé un paquet de points sur des championnats sans concurrence ? Non, c’est à l’UCI d’adopter un meilleur barème, pas aux équipes de se tirer une balle dans le pied.

Dans l’autre sens, il faut également écouter le discours des Conti, qui s’efforcent depuis tant d’années de maintenir un modèle qui fait beaucoup d’envieux chez les coureurs de troisième division à l’étranger.

Mettre tout le monde autour de la table

Avant d’aller droit dans le mur, il faut absolument, dans l’intérêt du cyclisme français, mettre tout le monde autour de la table. Que chacun oublie un peu la rancœur qu’il a accumulée et tente de réfléchir à une position qui contenterait tout le monde.

Socrate disait : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien », et si finalement c’était le meilleur point de départ pour lancer une discussion franche et honnête ?

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Par Charles Marsault

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