Thierry Vittu (Président de Cofidis Compétition) "Nous devions faire mieux que ces 3 dernières années"

Thierry Vittu (Président de Cofidis Compétition) "Nous devions faire mieux que ces 3 dernières années"

Thierry Vittu (Président de Cofidis Compétition) revient avec nous sur la nomination, la veille, de Cédric Vasseur à la place d'Yvon Sanquer, en tant que manager général de l'équipe Cofidis

 

«Nous devions faire mieux que ce que l'on a fait ces 3 dernières années»


Qu’est-ce qui a motivé votre décision de changer de manager sportif ?

J'ai été amené à changer tout simplement parce que les résultats sportifs n'étaient pas à la hauteur des attentes. Ils avaient même une tendance à se dégrader, notamment ces 3 dernières années. Je suis convaincu qu'avec les moyens et les coureurs à notre disposition, nous devions faire mieux que ce que l'on a fait ces 3 dernières années, en particulier au cours de celle qui vient de se terminer. 

Imputez-vous à Yvon Sanquer le manque de résultats sur le Tour de France ?

Le Tour de France est évidemment un moment important dans la vie d'une équipe. Mais non, je n'ai pas pris cette décision uniquement par rapport à ça. Je regarde l'ensemble de la saison et surtout les trois voire, les cinq dernières années. Et si l’on regarde cette année, nous n’avons qu’une seule victoire en World Tour ! Ce n'est pas suffisant d’autant que nous n'avons rien remporté sur le Tour de France ou la Vuelta, alors que cela faisait partie des objectifs. La tendance aussi est mauvaise, cette année, nous n’avons remporté que 13 victoires. La dernière, c’était 15 et enfin l'année précédente, 20. Il y a une spirale qui n'est pas bonne.

Avec l'émergence de Vital Concept, ne craignez-vous pas pour votre place sur le Tour ?

Craindre ? Non, pas vraiment, parce que je pense qu'on a l'équipe qui va bien pour être invitée sur le Tour de France, mais aussi sur les courses World-Tour en général. Après ça reste un choix qui est fait par l'organisateur. Vital Concept, c'est une nouvelle équipe française en plus de celles déjà existante, mais c'est l'organisateur qui fera son choix. Charge à nous d’être performants et en particulier en début de saison.

La rumeur faisait état de problèmes en interne. Cela a-t-il pesé dans votre décision ?

Oui, j'ai perçu dans l'équipe au sens large, pas seulement chez les coureurs, que l'ambiance n’était pas sereine. Le climat n'était pas bon et à mes yeux pas propice pour obtenir de bons résultats sportifs. Je me suis dit qu'il fallait tourner la page et repartir sur un autre projet avec plus d'ambition, d'énergie et de motivation.

A quel moment avez-vous pris votre décision ?

Après le Tour de France, début août. J'ai réfléchi longuement et je me suis dit qu’il fallait apporter un changement dans la structure. Et le changement le plus important, c'était forcément le Manager Général, car c'est lui qui porte l'ambition et qui est responsable de la structure Cofidis Compétition. Je me suis dit que j'allais laisser se terminer la saison, et c'est ce qui fait que nous n'annonçons l’arrivée de Cédric Vasseur et le départ d'Yvon Sanquer que maintenant.

 

«Il ne faut pas résumer l'équipe à Nacer Bouhanni.»


De ce fait, qui a géré la campagne de recrutement pour la saison 2017 ?

C'est Yvon Sanquer qui porte la responsabilité du groupe pour l'année prochaine. Aussi bien pour les arrivées des frères Herrada que pour les départs comme ceux de Florian Sénéchal ou de Clément Venturini.

A vous entendre, vous semblez regretter ces départs ?

Oui, je les reproche, bien évidemment. J'intègre bien qu'il y ait des départs, c'est normal, c'est comme dans une entreprise, il y a des mouvements et c'est propre à toute structure humaine. Mais en revanche, j’avais dit à Yvon qu’il y avait des coureurs que je ne voulais pas voir partir et en particulier Clément Venturini. J'ai beaucoup regretté sa décision, ce que je lui ai d’ailleurs dit, tout comme j'ai beaucoup regretté le départ de Sénéchal, qui est un garçon du Nord, qui a commencé et progressé chez nous.

Concrètement Cofidis va encore rimer avec Bouhanni en 2018 ?

Je trouve que l'on est trop axé sur Nacer Bouhanni. Quand on l'a recruté, il y a 3 ans nous étions partis du raisonnement suivant : 7 courses sur 10 se terminent au sprint. Quand vous faites du cyclisme de haut niveau vous êtes donc obligés d'avoir un sprinter de haut niveau dans votre équipe. C'était notre raisonnement et ça le reste encore aujourd’hui.

Mais ne risquez-vous pas d’être trop tributaire des résultats de Nacer Bouhanni ?

Je pense que c'est un peu réducteur. C'est une image que je veux vraiment casser, même au sein de la structure. Nacer Bouhanni, c'est un coureur parmi 25 autres, il ne fait pas toutes les courses de la saison. D’autres coureurs sont aussi très talentueux, Anthony Turgis, par exemple, qui est un très bon jeune ou bien Christophe Laporte qui a remporté le Tour de Vendée alors que Bouhanni était présent dans l’équipe. Ces coureurs sont capables de faire mieux que ce qu'ils ont fait jusqu'à maintenant. Il ne faut pas résumer l'équipe à Nacer Bouhanni.

C’est pourtant peu compatible avec le train qui lui est consacré ?

Quand Nacer Bouhanni prend le départ d'une course, ce n'est pas forcément pour ça qu'il faut tout orienter autour de lui. On peut prendre les échappées, par exemple, même si on sait qu'il y a peu de chances qu'elles arrivent au bout. Mais ça ne doit pas nous empêcher d'y aller, parce qu'on le voit bien, certaines vont au bout. Nous n’y sommes jamais. Il y a une nouvelle stratégie à aborder, tout en conservant bien entendu l’axe Bouhanni. Par ailleurs, on s'est renforcé avec les frères Herrada dont José, un spécialiste en montagne. Ce n'est pas par hasard, car ça nous permettra aussi d'être présent dans les étapes de montagne, d'être visible et de peser sur la course. Il faut que l'on arrive à diversifier notre champ de compétences dans le vélo.
 

«C'est aussi quelqu'un qui a une tête bien faite»


Venons-en à la nomination de Cédric Vasseur. Était-il le seul candidat sur votre liste ?

J’avais bien sûr plusieurs noms en tête. Mais Cédric a ceci de particulier que c'est un homme du Nord, qu'il a couru dans l'équipe Cofidis pendant 4 ans et qu'il y a laissé un très bon souvenir. 

Comment se sont déroulés vos échanges ?

Je l'ai rencontré l'année dernière et on avait un peu discuté ensemble.  Je lui avais demandé s'il souhaitait continuer à être consultant et lui m'avait dit qu'il aimerait bien porter un projet sportif. On en parlait de temps en temps, bien entendu pas précisément sur Cofidis, et plus tard nos discussions ont été plus longues et plus fournies. Jusqu’au jour où je lui ai proposé le challenge et qu’il m'a répondu “Banco, on y va, je suis motivé”. C'est tout récent, ça date d'il y a quelques semaines.

Que possède donc Cédric Vasseur, que d’autres n’auraient pas ?

Déjà, c'est quelqu'un qui est bien implanté dans le monde du vélo, qui connaît parfaitement ce métier-là et les coureurs. Il sait ce que c'est que le métier de coureur et est donc tout à fait à même de leur parler. Par ailleurs, j'ai senti, en lui parlant, qu'il avait des compétences dans le domaine des relations humaines. Il a une bonne vision de ce que je considère être le bon management d'une équipe, même s’il n’en a jamais fait. J'ai tout de suite senti que l'on avait des atomes crochus sur ce domaine.

Et quelle est cette vision du management ?

Il faut faire participer les cadres ! Je pense en particulier aux directeurs sportifs, mais également au médecin, aux entraîneurs. Il faut les faire intervenir, leur faire confiance, déléguer. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi mais il faut être plus collaboratif. En tout cas, cette vision est partagée par le staff, car j'ai eu l'occasion d'échanger avec chacun d'entre eux, et il y a une attente dans ce domaine-là. On va d'ailleurs faire un premier séminaire de travail début novembre avec l'encadrement de l'équipe pour commencer à imaginer un nouveau mode de fonctionnement entre nous.

Certains évoquent un pragmatisme tactique frileux de la part de Vasseur. Ne partagez-vous pas cette crainte?

S’il est pragmatique, comme vous le dites, on le verra dans un an. J'attends toujours de voir avant de qualifier quelqu'un. Ce qui est important pour moi, c'est que j'ai compris que ça pouvait être un patron d'équipe. La bonne personne au bon endroit ! Après, c'est aussi quelqu'un qui a une tête bien faite, il ne faut pas perdre de vue qu'il a un diplôme d'ingénieur HEI. C'est quelqu'un qui raisonne bien, qui réfléchit bien. Ça m'a aidé à l'imaginer comme manager mais aussi comme un ambassadeur de l'équipe. 

Doit-on s’attendre à ce que Vasseur arrive prochainement avec des nouveaux coureurs ou membres du staff ?

Non, Cédric n'amènera personne. Il va prendre l'équipe comme elle est composée aujourd'hui et fera la saison avec.

Quels vont-être ses objectifs en 2018 ?

L'année prochaine, ce sera sa première saison et je ne vais pas lui mettre une pression trop forte. La seule chose que je lui demande, c'est de faire mieux que ce qu'on a fait cette année, sur un plan quantitatif et aussi qualitatif. Il faut délivrer une image de l'équipe Cofidis qui soit une image positive, ambitieuse et dynamique.

Y-a-t-il une victoire que vous appelez plus particulièrement de vos vœux ?

Nacer, Milan-San Remo, il en rêve depuis qu'il est tout petit. Moi je suis convaincu qu'il l’a dans les jambes et qu'il a tout à fait le potentiel pour. C'est évident ! Ensuite, on attend aussi une victoire sur le Tour de France, ça fait tellement longtemps qu'on n'en a pas eu. Depuis 2008 ! D’autant plus que cette année, l'épreuve passe à côté de chez nous, même si ce sont des pavés et que les sprinters en règle générale, ça n'aime pas trop les pavés. Mais que ce soit celle-là où une  autre, s’il y a une victoire, on la prendra de toute façon avec grand plaisir.

Propos recueillis par Bertrand Guyot (  bertrandGuyot)

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