Témoignage : Riblon vous raconte sa victoire sur l'Alpe-d'Huez

Témoignage : Riblon vous raconte sa victoire sur l'Alpe-d'Huez

17 juillet 2013 : par deux fois les ambitions de l’équipe Ag2r la mondiale heurtent le bitume par l’intermédiaire de son leader, le valeureux Jean-Christophe Péraud, 9e au général le matin même. Le bilan est sans appel : Fracture de la clavicule et abandon pour le chef de file de l’équipe au losange. Un seul être vous manque et tout bascule: Le Tour 2013 plonge alors dans l’incertitude la plus totale pour l’équipe, dont tous les efforts fournis viennent s’échouer brutalement sur le sol humide de la descente qui mène à Chorges.

 

Christophe Riblon: une confiance absolue

Cette année sur le Tour, Christophe Riblon tient une forme exceptionnelle. Il a des fourmis dans les mollets et des idées derrière la tête : « Sur ce Tour, j’avais coché trois étapes avec une arrivée à Ax 3 Domaines que j’avais remportée en 2010. J’ai été devant mais on s’est faire reprendre avant l’arrivée, dans le col de Pailhères. Mon deuxième objectif c’était le Mont Ventoux, mais on se fait rattraper dans l’ascension. Et enfin, l’Alpe d’Huez ».  La forme est là, les résultats aussi. La veille, sur le théâtre de la chute de Jean Christophe Peraud, Christophe Riblon achève le contre la montre à une honorable 25e place après sa 2e place la veille à Gap: « j’étais en bonne condition, très confiant sur mon état de forme».

Aujourd’hui, ce n’est pas une étape comme les autres. Dans le cadre du 100e Tour de France, ASO a tracé sur la carte de France le dessin d’une étape inédite, curiosité de cette édition: une double ascension de l’Alpe d’Huez!  Ce col si particulier où la route trace son sillon tout en serpentant au flanc de la montagne et de la foret le long de ses célèbres 21 lacets, est au cyclisme ce que le Maracana est au football : un gigantesque stade à ciel ouvert où se déchaînent les passions et où se vivent les plus grands exploits. Un endroit unique que les plus grands veulent accrocher à leur palmarès. Le Graal : « À part Paris-Roubaix, ou  le tour des Flandres il n’y a pas grand-chose de beaucoup plus mythique pour le commun des mortels que l’Alpe d’Huez quand on fait du vélo. Avec Paris-Roubaix ce sont les deux noms qui ressortent chez les gens qui ne connaissent pas le vélo ». 

Suite à l’infortune de leur leader, il a donc fallu, pour l’équipe aux losanges, se stimuler le matin de l’étape : «Le matin du briefing, on s’est remotivé parce que la veille on avait perdu Jean-Christophe Péraud et donc toute chance au général. C’était beaucoup de travail qui s’envolait. On a eu un briefing conquérant où on s’est dit qu’il fallait qu’on relève la tête. Parce que qu’autour de Jean-Christophe il y avait une grande équipe !».

Tout naturellement, le natif de Tremblay-les-Gonnesse se porte volontaire : « j’ai dit que je me sentais bien et que si les circonstances de course étaient en ma faveur et que l’échappée  arrivait au bout, je le sentais très très bien».  le discours du futur vainqueur du prix de la combativité  se veut si persuasif, si empreint de détermination qu’il marque les esprits et notamment celui de Samuel Dumoulin : « A la fin du briefing, j’interpelle Julien Jurdie pour qu’il me remontre le dernier virage sur la cartographie video, et Sam me regarde étonné, et je lui réponds: Tu sais, quand t’as un truc dans la tête… tu l’as dans la tête ». Tôt le matin, l’histoire est déjà en marche, comme écrite à l’avance par une volonté de fer, de celle qui caractérise ceux qui vivent les plus grands exploits. 

L’échappée se dessine

C’est un début d’étape nerveux qu’offrent les coureurs, au départ de Gap, sous une douce chaleur estivale. Ils sont nombreux à caresser l’espoir de jouer un rôle sur cette étape. Les attaques s’enchaînent dans le col de Manse, ascension stratégique qui doit dessiner les contours de l’échappée du jour : « Mon idée était de rester au chaud à l’avant du peloton, dans les dans les 10 – 15 premiers car l’échappée allait certainement se faire dans cette ascension. J’ai laissé les premier coups se faire car j’ai jugé à l’intuition, à l’expérience que j’ai de ce genre d’échappées et parce que ça roulait vite, que ce n’étaient pas ceux-là qui allaient réussir à sortir».

Alors qu’Alberto Contador tente un coup de Trafalgar, prestement annihilé par Christopher Froome, se profile bientôt la cime du col : « J’ai joué ma carte à fond sur le sommet,  là où d’habitude tout le monde s’écrase. C’est là où j’ai fait l’effort. On a fait la descente à fond avec petite dizaine de coureurs, le temps que le peloton nous laisse partir». Ils se retrouvent alors 9 en tête: Moreno Moser, Tejay van Garderen, Jens Voigt, Arnold Jeannesson, Christophe Riblon, Andrey Amador, Sylvain Chavanel, Lars Boom et Thomas Danielson.

A ce moment-là de la course, Christophe analyse les forces en présence : « j’ai observé qui allait bien, qui montait ou qui descendait le mieux, qui avait fait des résultats précédemment… Je voulais gérer tous ces paramètres pour terminer le plus frais possible avant l’Alpe». Des coureurs solides dont «Arnold Jeannesson qui  paraissait très fort» ou bien encore Moser ou Van Garderen. Mais à l’approche de l’antépénultième difficulté du jour, le col d’Ornon, c’est d’un autre coureur dont se méfie Riblon. Sylvain Chavanel n’est certes pas le meilleur grimpeur du lot, mais à contrario il excelle dans la discipline des descentes à tombeau ouvert : « comme j’ai jugé qu’il devait se sentir moins fort que nous, je pensais qu’il attaquerait avant l’Alpe d’Huez. J’étais intimement persuadé qu’il allait faire la descente. Et je ne me suis pas trompé». Sous l’impulsion du coureur de la Quick Step, suivi par le coureur d’Ag2r la Mondiale, le groupe se scinde en deux, avant de se reconstituer une dizaine de kilomètres plus tard. Un coup dans l’eau, mais autant d’efforts évités que les retardataires, dont Jeannesson et van Garderen, risquent d’avoir à payer plus tard.

Premier passage de l’Alpe d’Huez

C’est alors que se profilent les premiers contreforts de l’Alpe d’Huez, tandis que la route tremble et gronde sous les clameurs de la foule. La montagne est en fête, profitant de conditions climatiques idéales et on dénombre entre 700 000 et 1 000 000 de spectateurs. Le Tour est une fête et l’Alpe en est le berceau ce jour-là.

Quant à l’issue de la course, elle demeure, à ce stade, incertaine : «Quand on a commencé la première montée de l’Alpe d’Huez, on en a pas discuté ensemble, mais moi je n’étais pas persuadé que l’échappée aille au bout». C’est alors que les premières accélérations s’exercent et créent les premiers écarts significatifs : « Gros début de l’Alpe d’Huez fait par Jeannesson. Je me dis à ce moment que si ça continue comme ça jusqu’au bout je ne vais pas tenir.  Mais ça n’a pas duré, et il s’est vite écarté.  Puis Van Garderen a attaqué. Je n’ai pas pu suivre». Pas d’affolement pour le français qui gère sa montée sans à coups. Accompagné de Moser, ils tiennent l’américain a portée de tir, une vingtaine de secondes qu’ils avalent dans la montée pour rejoindre le coureur de la BMC avant de basculer vers la descente de Sarennes.


Cette pente abrupte qui vit, quelques mois auparavant, certaines voix du peloton s’élever contre sa route jugée trop dangereuse, trop étroite et trop mal protégée du vide. La route de tous les dangers qui manque d’ailleurs d’être fatale au coureur d’Ag2r qui échappe de peu à la chute : «j’appréhendais cette descente surtout parce que, quand on l’a commencée, elle était parfois humide et parfois sèche. Sur une partie sèche en ligne droite, on a commencé à freiner à l’amorce d’un virage et je suis parti tout droit. Plutôt que de piler et de chuter, j’ai lâché inconsciemment les freins et je suis allé sur le bas-côté. Si j’avais freiné j’aurais certainement chuté. Rajouté à ça un Moser qui descend bien, il fallait vraiment être vigilant ».

Van Garderen va, quant à lui, conserver un mauvais souvenir de Sarennes. Ce n’est pas une chute qui l’attend, mais une complication d’un autre ordre : «Pendant la descente, il y a eu un fait de course majeur : Van Garderen a eu un problème mécanique avec son vélo. Il a perdu une trentaine de seconde sur nous et on s’est retrouvé à deux avec Moser». L’américain est impressionnant ce jour-là, et cet événement représente une occasion propice à affaiblir à nouveau le coureur de la BMC : « Je ne sais plus dans quelle langue on a communiqué mais on s’est dit qu’il fallait qu’on roule à bloc pour le fatiguer. On l’a fait du barrage du Lautaret jusqu’au début de l’Alpe. Il nous a rattrapé à 200 mètres du début du col».  Van Garderen revient certes, mais à quel prix ! D’autant que guère avare en effort, il relance immédiatement l’allure du groupe : « On reprend tout à zéro tous les trois à l’entame de l’Alpe. Mais il a fait énormément d’efforts et ça je le sais. Et en plus dès qu’il rentre sur nous, on lui propose de prendre un relais ce qu’il fait tout de suite sans se poser la question de se reposer. Du coup, je me mets derrière et j’en profite pour me ravitailler».

Présomption de ses forces, manque de lucidité, bluff ou bien erreur de jeunesse ? Toujours est-il que L’Américain, sans en avoir conscience, grille une à une les quelques cartouches dont il semble disposer ce jour-là.

Van Garderen fait le trou

Au rythme des événements, le leader de la BMC fait figure d’épouvantail : « Il m’impressionnait un peu mais de toute façon j’étais persuadé à ce moment-là d’avoir fait la meilleure course possible. En tout cas, j’en avais fait moins que lui ». A l’entame de la dernière difficulté du jour, la 2e ascension de l’Alpe, c’est désormais une nouvelle course qui se joue : la victoire d’étape « Je savais à ce moment-là qu’on allait jouer la gagne entre nous. On avait 6 minutes 50 d’avance. Je ne savais pas ce qu’en pensaient les autres mais pour moi c’était sûr qu’un de nous trois l’emporterait ». 

C’est armé de cette conviction, ainsi que de l’assurance d’avoir réalisé alors une course parfaite, que Riblon franchit les premières rampes avec ses compagnons d’échappée. Cette fois, c’est le dernier acte: 13,8 kilomètres de long et 1 090 mètres plus haut, le vainqueur sera connu. Riblon accélère le tempo pour tester les forces en présence. Il a parfaitement géré la course jusqu’alors, s’est bien alimenté et se sent bien physiquement. Moser décroche. Mais pas l’Américain : « Je me suis dit ‘putain il est quand même bien’ et ça n’a pas manqué: on passe le premier virage et il m’attaque. Au même endroit que le tour précédent.  Il m’a attaqué trop fort et je n’ai pas pu suivre. Si je l’avais fait j’aurai totalement explosé, donc j’ai géré ». 

Débute alors une phase de course-poursuite où les sens sont mis à rude épreuve : Car ils ne sont pas 2 sur la pente, mais plusieurs centaines de milliers sur la route, hurlants et trépignants. Une foule gigantesque qui ne forme plus qu’une masse colorée et dense venue admirer les coureurs au plus prés. Des Français, des Hollandais, des Belges, des Argentins… c’est la planète du cyclisme avec qui a rendez-vous le peloton cet après-midi, sur l’Alpe d’Huez. Cette kyrielle de spectateur pousse les hommes de tête à se dépasser : «  Il y avait un monde de dingues ! Je n’ai pas senti ça du tout oppressant. Ce n’est qu’une fois l’étape terminée que je l’ai réalisé mais quand j’étais sur le vélo, la foule me poussait dans l’effort. L’Alpe d’Huez, c’est un des seuls endroits au monde où la foule s’écarte devant vous.  C’est ce que je voyais à la télé depuis mon plus jeune âge et c’est aussi ça que je voulais vivre. Je fais du vélo depuis que j’ai 6 ans, je regarde et j’enregistre le Tour de France depuis cet âge-là. L’Alpe, ça représentait tout ce dont j’ai rêvé dans ma carrière». 

Mais toute médaille, aussi belle soit-elle, présente un revers. Van Garderen creuse petit à petit l’écart tandis que la voiture de l’équipe BMC double le coureur d’Ag2r La Mondiale. Elle le prive ainsi du dernier point de repère qui pouvait lui faire espérer un rapprochement avec l’américain. Les milliers de spectateurs qui se pressent autour du coureur paradoxalement le rendent plus solitaire que jamais: «Je ne voyais plus rien avec la foule, on ne voyait pas à 2 mètres devant nous. Et il y avait tellement de monde qui criait, que dans les oreillettes, je n’entendais plus rien du tout. Mais rien de chez rien. Le dernier écart que j’ai eu, c’était 25 secondes. Et la moto chronomètre ne pouvait sans doute pas passer ». 

L’incroyable retournement de situation

Et ce n’est désormais plus vers la victoire que se fixe le regard de Riblon, qui tente vainement de s’enquérir des écarts entre lui et les coureurs qu’il précède: «A l’oreillette je demandais où ils en étaient derrière, parce  pour moi c’était sûr à ce moment que j’allais faire 2 et je voulais sauver cette place. Mais je n’ai pas entendu la réponse ». Toutefois, les encouragements de la foule le plonge dans le doute : « Ils me disaient des choses comme ‘tu vas gagner, tu le rattrapes’. Pour moi ils m’encourageaient juste. Mais non en fait comme il avait les écarts et ils sentaient qu’il se passait vraiment quelque chose et que la course pouvait basculer ma faveur ». D’autant plus que Christophe Riblon garde en mémoire la précédente attaque de Tejay lors de la première ascension de l’Alpe d’Huez. Après tout Moser et lui l’ont bien rattrapé avant le sommet.

Soudainement la route se dégage et se découvre sur toute sa largeur. Il reste alors seulement 4 kilomètres à parcourir et c’est à cet endroit que la sécurité a décidé de placer les barrières de protection. 50 mètres, c’est la distance nécessaire au directeur sportif de l’équipe de l’équipe aux losanges pour monter à toute vitesse à la hauteur de son leader du jour. Car non seulement la course n’est pas terminée, mais Christophe Riblon reprend du temps sur Van Garderen. Précisément 15 secondes sur le seul dernier kilomètre. Un lacet plus loin les encouragements du directeur sportif se matérialisent: 200 mètres au loin, une forme rouge et noir suivie d’une voiture flanquée des même couleurs. Riblon a eu jusqu’à 50 secondes de retard dans l’ascension, il en a rattrapé la moitié en moins de 2 kilomètres.

A la vision de l’américain, les roues collées au bitume, une conclusion s’impose à Christophe Riblon comme une évidence : il a course gagnée !  « En le voyant, je me suis dit ‘c’est bon il est mort en fait’. Plus encore,  je me suis dit ‘c’est bon j’ai gagné’ Il reste 3 km 500 et je savais déjà que j’allais gagner ! Que ce n’était plus possible que je perde. Parce que je me sentais encore super bien alors que lui était en train de coincer et de perdre du temps. Il a dû prendre un coup au moral en me voyant revenir et le rapport de force s’est inversé ». Plus étonnant encore, le coéquipier de Romain Bardet est comme saisi l’espace d’un instant par l’enjeu : « quand je l’ai aperçu, j’ai eu pendant une demi seconde un sentiment non pas d’appréhension mais limite d’arrêt. Je me suis dit ‘mon Dieu c’est moi qui vais gagner!’. Limite, la peur de gagner, à me dire  ‘putain on est à l’Alpe d’Huez, c’est moi qui vais gagner !’ Incroyable ! ».

Rattraper l’Américain sonne désormais comme une évidence. Pour autant la messe est loin d’être dite, il ne faut pas que le coureur de la BMC puisse s’engouffrer dans le sillage du Français : «  Ma stratégie alors, c’était qu’il puisse m’en rester suffisamment sous la pédale pour que quand, une fois l’avoir rattrapé, je puisse l’attaquer immédiatement. Je ne voulais surtout pas lui laisser penser qu’on allait arriver à deux au sprint. Pas question! J’étais totalement conscient de ce que j’allais faire et le moment où je l’ai rattrapé, je ne me suis pas posé pas de questions et j’y suis allé à fond». Le Tremblaysien n’a pas un regard pour l’Américain désormais à la dérive. L’instant n’est pas propice aux sentiments : « Bien sûr je ne lui veux aucun mal, mais dans mon esprit, à partir du moment où je rentre sur lui, il faut que je le crucifix sur place ! Que je lui donne le coup de grâce ! ».

La victoire au bout

Le contre de Riblon est rapide, incisif et puissant. Car le temps presse, l’arrivée n’est plus qu’à 2 kilomètres : « Je savais qu’à compter d’1 kilomètre 500 il y avait un replat. Il devait rester 300 à 400 mètres avant de l’atteindre lorsque j’ai dépassé Van Garderen. J’ai tout donné jusqu’à ce point ». Le leader de la BMC assiste impuissant à ce cruel retournement de situation. Après avoir tant donné tout au long de l’étape, il laisse là fuir ses dernières illusions. Riblon, quant à lui goûte jusqu’à l’extase ce moment: «C’était magique, un truc de dingue et j’aurais voulu que ce dernier kilomètre dure 10 minutes. Je ne me voyais pas juste lever les mains sur la ligne, je voulais vraiment faire partager ma joie à tout le monde, lever les mains vers le public et jouer avec eux. Profiter, quoi! ». Sur les derniers mètres, Riblon hoche la tête, secoue un point rageur à de multiples reprises, passe sa tête dans les mains comme incrédule et embrasse la médaille qu’il porte autour du coup, et sur laquelle sont gravés les noms de sa femme et de ses 2 filles. Puis finalement, lève les deux bras ainsi que les yeux au ciel: il vient d’inscrire son nom dans la légende du Tour.

3 années auparavant, le coureur victorieux sur l’étape d’Ax 3 Domaines n’avait pu partager sa joie avec son équipe. Hors de question pour lui de réitérer l’expérience cette année. Ag2r La Mondiale, sur ce Tour, c’est une vraie bande de copains: « Cette fois-ci j’ai vraiment voulu partager cette émotion avec mes coéquipiers. A chaque fois qu’il y en avait qui passait la ligne, je quittais les journalistes pour aller les serrer dans les bras. J’avais tant envie de partager cette joie avec le plus de monde possible et surtout avec eux ». Il faut dire que cette période est difficile pour la structure de Vincent Lavenu année. Entre les deux suspensions pour dopage d’Houanard et de Sylvain Georges, l’absence de l’équipe sur l’épreuve qui lui est pourtant si chère, le Critérium du Dauphiné et enfin l’abandon de Jean-Christophe Péraud, cette victoire de prestige redonne du baume au cœur à l’équipe.

Une autre planète

Christophe Riblon appartient  désormais à une autre caste, de celle qui n’autorise en leur sein que de quelques rares élus, ceux qui réalisent les plus grands exploits. L’exploit d’une carrière. L’exploit d’une vie : « L’alpe d’Huez…c’est quelque chose d’énorme ! C’est la légende du vélo. Dans 50 ans on pourra se dire que Riblon a gagné sur le 100e Tour de France en montant 2 fois l’Alpe. Incroyable… savoir que les personnes de ma famille, ma femme regardait l’écran. C’était un moment magique! Si j’ai fait du vélo toute ma vie c’est pour ce moment-là en fait. Le moment le plus fort de ma carrière !». L’exploit est salué partout comme il se doit. Il faut dire que l’abandon de Jean Christophe Péraud la veille a sonné le glas des ambitions françaises concernant un top 10 au général. Et aucun tricolore n’avait pu ou su remporter d’étape jusqu’alors.

Forcément, une telle victoire de prestige, avec un scénario digne d’un film où tout bascule alors que la messe semble inexorablement dite pour le héros, forcement attire la sympathie populaire : « ça a pris une ampleur que je ne pouvais pas imaginer.  Je me suis rapidement aperçu que c’était en fait un objectif de la France entière. J’ai même fait le 20 heure en direct à France 2 alors qu’on ne voit presque jamais ça pour un cycliste». C’est bien connu, les obligations médiatiques lors d’un Tour de France sont particulièrement chronophages pour les vainqueurs. A tel point que le coureur ne pourra se faire masser …qu’à minuit. Mais là aussi il s’agit d’un choix personnel : «Dès que je suis arrivé à l’hôtel J’ai pris ma douche tout de suite je suis descendu manger parce que je voulais absolument voir mes coéquipiers Je me voyais pas me faire masser et manger tout seul après». 

La nuit est courte, le coureur ne s’endort – l’euphorie n’aidant pas – que vers 2h30 du matin. Ce qui n’empêche pas Christophe Riblon, prit dans l’élan de la victoire, de s’échapper une nouvelle fois le lendemain, même si le col de la Madeleine se charge par la suite de le rappeler à la réalité des choses: « j’ai terminé l’étape totalement vidé dans le gruppetto. Avec la fatigue, l’euphorie de la veille tout est retombé d’un coup. Et je n’avais pas beaucoup mangé non plus». 

Aujourd’hui que reste-il de cette journée ? Tout simplement un souvenir inoubliable pour tous ceux qui auront vécus intensément cette étape : « C’est magique de voir à quel point on peut rendre les gens heureux. Encore aujourd’hui Des gens viennent me voir, j’ai eu des messages de gens qui sont malades … Ça touche de voir à quel point ça peut rendre les gens heureux, leur faire oublier un peu leur quotidien et leur malheur. Ça ce sont des choses qui me touchent et qui me rendent très fier de ce que j’ai fait cette journée».

Ce jour là, le match se jouait à guichet fermé sur les pentes l’Alpe-d’Huez. Le genre de match dont on se rappellera encore dans 50 ans.

 

Propos recueillis par Bertrand Guyot. (photos Yves Perret médias)

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