Paris-Roubaix : le guide complet de l'édition 2018

Paris-Roubaix : le guide complet de l'édition 2018

La Reine des Classiques vous souhaite la bienvenue pour un nouveau dimanche en enfer. Paris-Roubaix fête son 116ème anniversaire et reste cet événement hors normes et hors du temps qui nourrit chaque année les fantasmes les plus fous des suiveurs et de tous ceux qui osent s’y aventurer. Anomalie dans le calendrier cycliste, Paris-Roubaix se plait à envoyer ses protagonistes sur des routes qu’elle prend soin à garder anachroniques au fil des ans et des éditions : des chemins pavés qui en font la course la plus spectaculaire et la plus exigeante de l’année.

Créée en 1896 par Théodore Vienne dans l’idée de promouvoir le nouveau vélodrome Roubaisien et de servir de préparation à Bordeaux-Paris, courue quatre semaines plus tard, Paris-Roubaix aura résisté à l’érosion et aux deux grandes guerres mondiales du 20ème siècle pour s’imposer, non sans difficultés, comme un des plus incroyables rendez-vous de la saison cycliste.

Paris-Roubaix est encore cette course romantique et fascinante qui a inspiré les plus grandes plumes de notre sport. Immersion dans cette édition 2018, à suivre le 8 avril prochain.

 

Le parcours

A Compiègne les coureurs s’élanceront pour rejoindre le mythique vélodrome de Roubaix, 257 kilomètres plus loin. Sur leur route, 29 secteurs pour 54,5 km de pavés viendront les chahuter et leur compliquer la tâche. Ces secteurs sont classés par difficulté, représentée par des étoiles. Une étoile étant la catégorie la plus facile, cinq la plus terrible. Ce sont ces secteurs qui font de Paris-Roubaix, une course commune à aucune autre et qui donne à la course son identité.

Les secteurs pavés

 

29 : Troisvilles (km 93,5 - 2,2 km) ***

28 : Briastre (km 100 - 3 km) ***

27 : Saint-Python (km 109 - 1,5 km) ***

26 : Quiévy (km 111,5 - 3,7 km) ****

25 : Saint-Vaast (km 119 - 1,5 km) ***

24 : Verchain-Maugré (km 130 - 1,2 km) **

23 : Quérénaing (km 134,5 - 1,6 km) ***

22 : Maing (km 137,5 - 2,5 km) ***

21 : Monchaux-sur-Ecaillon (km 140,5 - 1,6 km) ***

20 : Haveluy (km 153,5 - 2,5 km) ****

19 : Trouée d'Arenberg (km 162 - 2,4 km) *****

18 : Hélesmes (km 168 - 1,6 km) ***

17 : Wandignies (km 174,5 - 3,7 km) ****

16 : Brillon (km 182 - 2,4 km) ***

15 : Sars-et-Rosières (km 185,5 - 2,4 km) ****

14 : Beuvry-la-forêt (km 189 - 1,4 km) ***

13 : Orchies (km 197 - 1,7 km) ***

12 : Bersée (km 203 - 2,7 km) ****

11 : Mons-en-Pévèle (km 208,5 - 3 km) *****

10 : Avelin (km 214,5 - 0,7 km) **

9 : Ennevelin (km 218 - 1,4 km) ***

: Templeuve - L'Epinette (km 223,5 - 0,2 km) *

: Templeuve - Moulin-de-Vertain (km 224 - 0,5 km) **

7 : Cysoing (km 230,5 - 1,3 km) ***

6 : Bourghelles (km 233 - 1,1 km) ***

5 : Camphin-en-Pévèle (km 237,5 - 1,8 km) ****

: Carrefour de l'Arbre (km 240 - 2,1 km) *****

3 : Gruson (km 242,5 - 1,1 km) **

: Hem (km 249 - 1,4 km) ***

1 : Roubaix (km 256 - 0,3 km) *

 

Zoom sur :

Sur Paris-Roubaix le danger est partout et chaque mètre de pavés peut se révéler piégeux et modifier la physionomie de la course. Néanmoins certains, de par leur difficulté et leur place revêtent une importance toute particulière. Zoom sur sept d’entre eux.

Secteur n°29 : Troisvilles à Inchy ***

Le premier secteur qui marque l’entrée sur les pavés et qui fait rentrer la course dans une autre dimension. Si on a coutume de dire que l’Enfer commence à la Trouée d’Arenberg et se termine au Carrefour de l’Arbre, c’est bien ici que la course commence à s’écrire. L’approche du secteur rend la course nerveuse, les favoris ont l’obligation de l’aborder dans le premier tiers, le peloton est encore compact et les accrochages et autres soucis techniques sont fréquents. On se souvient qu’en 2001, Philippe Gaumont avait pris les rênes dès ce secteur et le groupe qui se jouera ensuite la victoire s’y était déjà dégagé.

Secteur n°20 : Haveluy à Wallers ****

Le premier secteur quatre étoiles et donc le premier à proposer des pavés vraiment mauvais. Surtout, avec son tracé à angle droit il peut devenir épineux s’il y a du vent, créer des premières cassures et obliger des favoris à lâcher quelques forces. Personne ne gagnera Paris-Roubaix à Haveluy, mais il est nécessaire de bien l’aborder sous peine de lâcher des forces utiles pour le final.

Secteur n°19 : Trouée d’Arenberg *****

La mythique Trouée d’Arenberg, instaurée sur la course à la fin des années 60 sur proposition de Jean Stablinski, est rapidement devenue un moment incontournable de Paris-Roubaix et même de la saison cycliste dans sa globalité. S’il y avait une image à retenir pour symboliser Paris-Roubaix ce serait certainement celle-ci : une ligne droite interminable qui traverse la forêt d’Arenberg et qui envoie les coureurs se fracasser à pleine vitesse sur ses pavés disjoints. Effrayant. L’Enfer commence ici, à 95 kilomètres de l’arrivée. Les leaders commencent à se découvrir et les premiers comptes se font à sa sortie. Les équipiers se comptent sur les doigts d’une main et la course prend une autre tournure, elle ne débranchera jamais jusqu’à l’arrivée

Secteur n°17 : Hornaing à Wandignies ****

Le secteur le plus long de la course avec 3700 mètres ne propose pas les pavés les plus difficiles de la course, mais est tout de même classé quatre étoiles. Il propose surtout un effort très long qui use les coureurs les plus faibles et opère une sélection drastique par l’arrière. Les leaders y font souvent rouler un de leur meilleur équipier. Ce n’est pas un secteur décisif mais fondamental dans la stratégie de course d’usure.

Secteur n°11 : Mons en Pévèle *****

Attention chantier ! Le secteur pavé le plus mauvais de Paris-Roubaix est également un des plus techniques avec ses deux virages à angle droit. C’est clairement un des secteurs les plus durs de la course et également un des plus spectaculaires au moment même où les coureurs passent la barre fatidique des 200 kms. Un secteur primordial qui projette bien souvent naturellement les meilleurs en tête de course.

Secteur n°5 : Camphin en Pévèle ****

Si le Carrefour de l’Arbre est le secteur le plus mythique du final de Paris-Roubaix, celui qui le précède est tout aussi décisif tant ce qu’il s’y passe contribue au scénario du secteur suivant. Camphin en Pévèle est ainsi indissociable de son successeur et l’enchaînement est à prendre dans sa globalité. Les leaders les plus forts y sortent déjà en tête avant de porter l’ultime estocade dans le secteur suivant. Un passage incontournable et spectaculaire de la course.

Secteur n°4 : Carrefour de l’Arbre *****

Là où la légende s’écrit. Dernier secteur majeur d’une course infernale, il est de coutume de dire que celui qui sort en tête du Carrefour de l’Arbre sera sacré quinze kilomètres plus loin sur le vélodrome. Le Carrefour de l’Arbre est le rendez-vous des meilleurs coureurs du jour, celui où ils s’écharpent une dernière fois. Un secteur excessivement difficile, technique dans sa première partie puis en faux plat montant pour rejoindre la mythique auberge de l’Arbre. C’est le secteur qui aura fait vivre aux coureurs les plus grands bonheurs et les plus cruelles désillusions. Dimanche encore, il fera vivre à tous un moment unique de la saison, d’une intensité et d’une dramaturgie rares.

Les protagonistes

Les favoris

*** : Greg Van Avermaet, Nicki Terpstra

** : Peter Sagan, Sep Vanmarcke, Zdenek Stybar

* : Oliver Naesen, Philippe Gilbert, Jasper Stuyven, Gianni Moscon, Arnaud Démare, John Degenkolb, Wout Van Aert, Yves Lampaert, Geraint Thomas

Zoom sur :

Le collectif QuickStep

S’il y a une équipe spécialiste de Paris-Roubaix, il s’agit bien de la formation de Patrick Lefevere qui n’a cessé d’enquiller les succès depuis vingt-cinq ans. Elle est depuis toujours la plus pléthorique et la plus dense du peloton des courses flandriennes. Et cette année ne déroge pas à la règle malgré le retrait de Tom Boonen. Leur bilan depuis le début de cette campagne est ahurissant. Ils ont gagné partout, ne laissant échapper que les deux courses du week-end d’ouverture et Gand-Wevelgem. Difficile donc d’extraire un seul coureur de cette équipe sans citer les autres. Nicki Terpstra apparait tout de même comme la carte maîtresse de cette formation. Déjà car il est le seul à avoir déjà remporté Paris-Roubaix mais aussi car il vient de réaliser deux numéros impressionnants lors du GP E3 et du Tour des Flandres, tous deux victorieux. Physiquement Terpstra dispose de la panoplie parfaite pour remporter sur Paris-Roubaix. Seul bémol, il devra arriver seul. Mais pour cela il pourra compter sur le dévouement sans faille de ses équipiers. Philippe Gilbert et Zdenek Stybar en tête qui, selon les circonstances, pourront revêtir le rôle de seconds leaders ou de chiens de garde comme ils l’ont admirablement fait lors des deux succès prestigieux du Néerlandais. Yves Lampaert, également présent dans le final de l’édition 2015 sera, de son côté un formidable lieutenant. QuickStep détient les clés de la course tant elle devrait naturellement se retrouver en surnombre dans le final.

Greg Van Avermaet

Greg Van Avermaet connait une campagne beaucoup moins faste que la précédente. Lui qui avait remporté successivement le Het Nieuwsblad, le GPE3, Gand Wevelgem et Paris-Roubaix, arrive sur la Reine des Classiques sans victoire majeure dans son escarcelle. Et l’impression laissée lors des dernières courses n’a rien de semblable avec le sentiment d’invincibilité qui l’entourait l’an dernier. Néanmoins, difficile de ne pas voir en lui un des tous grands favoris. En effet, même s’il est moins impressionnant que la saison dernière il reste extrêmement régulier et un acteur majeur sur chacune des courses auxquelles il participe. De plus sa capacité à régler au sprint un petit groupe après une journée exigeante s’est encore confirmée dimanche dernier sur le Tour des Flandres. Dans une course ou le niveau des leaders est de plus en plus homogène chaque année, c’est un atout maître dans la conquête d’un second monument. Il reste encore aujourd’hui le coureur le plus complet.

Peter Sagan

Peter Sagan est-il fait pour Paris-Roubaix ? La question mérite d’être posée alors que le Champion du Monde ne s’est jamais présenté sur le vélodrome pour la gagne et n’a jamais semblé aussi dominateur sur les secteurs plats que dans les monts des Flandres. Répondre non avec affirmation serait oublier qu’il n’y a participé que quatre fois et que Paris-Roubaix n’est pas une fille facile. Elle se réserve bien souvent à des coureurs d’expérience qui y ont accumulé nombre de frustrations. Peter Sagan a donc jusqu’ici toujours échoué dans sa conquête de l’Enfer du Nord. Pour autant il y a toujours été un acteur majeur et l’expérience accumulée lors des dernières éditions ne pourra être qu’un atout supplémentaire dans son bagage. A 28 ans il convient même de se dire qu’il arrive dans ses meilleures années pour dompter cette course. L’image d’un Champion du Monde levant les bras dans l’historique vélodrome Roubaisien est une image bien trop rare depuis quelques décennies. Et elle ferait un magnifique symbole pour notre sport.

Sep Vanmarcke

C’est toujours paradoxal de placer Sep Vanmarcke dans les favoris d’une course aussi imprévisible que Paris-Roubaix. Le leader belge d’Education First s’est en effet construit une solide réputation de loser magnifique, avec comme seul victoire de prestige un Het Nieuwsblad de haute volée remporté au sprint devant Tom Boonen. Pire, Vanmarcke, comme son équipe, semble poursuivi par la malchance. Crevaisons, chutes et autres soucis techniques ont émaillé une carrière qui semble marquer par le sceau de la poisse. Pour autant le Belge répond toujours présent physiquement. Dans les monts flandriens ou sur les secteurs pavés de Paris-Roubaix il fait toujours parti des plus forts et n’hésite jamais à donner de sa personne pour forcer la décision. Pas toujours très rusé tactiquement il n’en reste pas moins une formidable machine à avaler les secteurs pavés et à multiplier les efforts à haute intensité. Il ne lui manque que de trouver l’ouverture dans un monument. Mais on n’oublie souvent qu’il n’a que 29 ans et qu’il arrive justement dans ses meilleures années pour y parvenir. Et pourquoi pas cette semaine, pour ramener à la formation de Jonathan Vaughters un second succès dans l’épreuve, huit ans après celui de Johan Vansummeren.

Arnaud Démare

La chance Française de ce Paris-Roubaix. Voilà maintenant quatre ans qu’Arnaud Démare a décidé de se consacrer aux classiques pavées et d’orienter son entraînement en ce sens, fort d’une douzième place encourageante sur l’édition 2014. Moins scoreur que ce qu’on pouvait attendre en début de carrière au détriment de qualités d’endurance accrues, telle est donc la courbe d’évolution du coureur Beauvaisien. Un choix de carrière fort qui a commencé à prendre son sens en mars 2016 au jour d’une victoire historique sur Milan- San Remo et qu’il continue de valider depuis. Sa campagne de classiques 2018 est jusqu’ici une réussite. Sur le plan comptable il n’a pas gagné mais fait montre d’une extrême régularité et d’un comportement en course exemplaire. Démare court désormais les courses en patron. C’était le cas lors de ses podiums à Kuurne-Bruxelles-Kuurne, Milan-San Remo et Gand Wevelgem, c’était encore le cas ce dimanche lors d’un Tour des Flandres globalement bien maîtrisé pour un coureur de son profil. Le voir terminer quinzième du Ronde, sans quitter les premières places lors des deux dernières heures de course, a quelque chose de satisfaisant et annonciateur d’un résultat potentiellement encore plus beau dans l’Enfer du Nord. Pour cela, il lui faudra courir devant et intelligemment. Ce qu’il s’évertue à faire depuis quelques semaines. Le rêve est permis.

Geraint Thomas

La petite touche subjective de cette présentation ! Objectivement il semble difficile d’imaginer Geraint Thomas remporter Paris-Roubaix. Le coureur Gallois n’a pas couru depuis Tirreno, achevé le 13 mars à la troisième place du général. Il n’a pas non plus mis les roues sur des pavés en course depuis le Tour des Flandres 2016 et a pris part à Paris-Roubaix pour la dernière fois en 2015. Pour autant si Thomas ne fera pas partie des favoris au départ de Compiègne il convient de prendre sa participation au sérieux. La dernière fois qu’il avait rallié le vélodrome de Roubaix il s’était présenté derrière Nicki Terpstra dans un groupe jouant la seconde place. Mieux, il avait fait ce jour-là une course remarquable en étant le seul à suivre, puis relayer, Tom Boonen sorti dans le secteur 13 à près de 70 bornes de l’arrivée, validant ainsi des prérequis dans le domaine aperçus sur les pavés du Tour 2010 puis sur d’autres courses Flandriennes. Au départ, Geraint Thomas aura certainement le Tour dans un coin de la tête, mais il annonce également préparer cette course spécifiquement à l’entraînement depuis plusieurs semaines. L’image serait belle.

Dans le rétro

Les 5 derniers podiums :

2017 : 1 - Van Avermaet Greg 2 - Stybar Zdenek 3 – Langeveld Sebastian

2016 : 1 – Hayman Matthew 2 – Boonen Tom 3 – Stannard Ian m.t

2015 : 1 – Degenkolb John 2 – Stybar Zdenek 3 – Van Avermaet Greg

2014 : 1 – Terpstra Niki 2 – Degenkolb John 3 – Cancellara Fabian

2013 : 1 – Cancellara Fabien 2 – Vanmarcke Sep 3 – Terpstra Niki

Diffusion TV en intégralité

France Télévision : 10h45 - France 3, 11h45 - France Ô, 12h55 jusqu’à l’arrivée – France 3

Eurosport : 11h – jusqu’à l’arrivée

Présentation réalisée par Liam

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