Interview : Julien Jurdie "Possible de gagner le Tour de France 2018"

Interview : Julien Jurdie "Possible de gagner le Tour de France 2018"

Bonjour Julien, avant de rentrer dans le détail de la saison, peux-tu nous donner ton sentiment général sur l’année de l’équipe Ag2r ?

C’est plutôt un bilan satisfaisant, même si on a eu un petit creux vers la période mars-avril. De manière générale, l’équipe Ag2r-La Mondiale a été très compétitive, et nous avons surtout réussi notre objectif numéro un de la saison qui était le Tour de France.

La grosse satisfaction de l’année, c’est la confirmation de Romain Bardet sur le Tour, vous attendiez-vous à ce qu’il puisse refaire un podium ?

Ce n’est jamais évident de réaliser deux fois de suite un podium sur le Tour de France, comme le prouvent les statistiques. L’objectif de départ était donc de rentrer dans les 5 premiers, car on sait ensuite que le podium se joue à quelques secondes. Néanmoins, on croyait vraiment en nos chances, et au fil de la course, on a compris qu’on pouvait de nouveau faire quelque chose de grand. D’ailleurs au départ du chrono de Marseille, on avait même l’espoir de remporter la course. A ce niveau, j’insiste aussi sur la performance globale de l’équipe qui a rendue ce podium possible.

L’an prochain, il n’y aura pas de chrono plat, est-ce que vu le parcours proposé aux coureurs, il peut viser la victoire et renverser Froome ?

On a le droit de rêver à la victoire, surtout vu le parcours proposé par ASO. On a un chrono par équipes relativement court et assez technique, ce qui fait qu’on perdra moins de temps que sur un chrono classique. Le chrono final sera dur, et devrait aussi avantager Romain. Tout cela associé au parcours difficile nous fait dire que c’est possible, et on va partir avec de grosses ambitions. En tout moi je pars dans l’idée que c’est possible de gagner le Tour de France 2018.

Cette année, on l’a vu doubler pour la première fois avec la Vuelta, avec le recul, quel bilan tirez-vous de cette première ?

Un bilan satisfaisant, car on savait que ce doublé ne serait pas simple, notamment du fait que Romain est sorti physiquement et mentalement fatigué du Tour de France. Quoiqu’il en soit, il a bien rechargé les batteries, et sur cette Vuelta, j’ai vu un Romain Bardet se faire plaisir. On a rapidement constaté que le général serait compliqué, et quand on a conclu que le podium ou le top 5 serait difficile à atteindre, on a décidé de le laisser se faire plaisir. Il s’est donc montré très offensif, même si malheureusement il n’a pas pu remporter d’étape. Je pense aussi que cette expérience va encore le renforcer mentalement, et même si à ce niveau là il est déjà très costaud, il va sortir grandi ce cette expérience.

En parlant de la Vuelta, beaucoup ont été choquées par la vidéo où les coureurs s’accrochent à la voiture, surtout après l’épisode de Paris-Nice. Quel message peux-tu adresser pour rassurer ceux qui pourraient penser que c’est une habitude chez Ag2r ?

Ça a été quelque chose de très dur à vivre, et on ne souhaite surtout pas que ce type de comportement soit associé à l’équipe Ag2r-La Mondiale. Nico et Alex ont malheureusement fait ce geste qui est impardonnable, et la décision a été rapidement prise de les exclure. Je comprends aussi que le grand public puisse se dire que deux fois dans l’année ça fait beaucoup, et on a vraiment été mécontents de cette attitude des coureurs. Après l’erreur est humaine, surtout sur un Grand Tour difficile. Pour Nico Denz, on va dire que c’est une erreur de jeunesse, et on espère ne jamais revoir ça au sein de l’équipe.

Cette vidéo a d’ailleurs été filmé par la Sky, et l’on semble bien loin de l’omerta des années 2000, est-ce que l’ambiance est moins bonne entre les équipes ?

Non l’ambiance est bonne, ça fait désormais une quinzaine d’années que je suis dans les pelotons, et ça n’a pas forcément changé. Après c’est compétitif c’est sûr, mais l’ambiance reste bonne.

Pour revenir au sportif, on a été agréablement surpris par le mois de septembre de Benoit Cosnefroy, quel rôle aura t-il l’an prochain ?

Il a effectué ses premiers pas avec l’équipe au 1er août, avant d’éclabousser de son sourire et de sa jeunesse le mois de septembre, avec deux belles victoires, à Isbergues et surtout lors des mondiaux U23. On va continuer à lui faire découvrir le monde pro, sans lui mettre un pression particulière par rapport à des résultats en 2018. On va également mettre à profit les deux prochaines années pour découvrir son profil, et je pense qu’il va nous régaler dans les années à venir. Quoiqu’il en soit, on ne veut pas brûler les étapes, continuer à travailler pour qu’il progresse petit à petit, même si la progression de Benoit sera certainement plus rapide que pour d’autres coureurs.

Un Alexis Vuillermoz a également semblé retrouver toutes ses sensations, comment expliquer cette évolution, avez-vous changé quelque chose dans la préparation ou l’approche des objectifs ?

Alexis a encore passé un petit cap, malgré un accident de la circulation qui l’a ralentit en début d’année. Néanmoins ce petit temps de repos lui a permis d’être ensuite à un très bon niveau de juin à septembre. Je pense que ça va vraiment lui faire du bien de voir qu’il est capable de jouer avec les tous meilleurs mondiaux

Puisque l’on évoque Vuillermoz, comment a t-il réagit à sa non-sélection pour les mondiaux ? Comment l’expliquez-vous ?

Même si le parcours était atypique, je pense qu’on ne peut pas avoir de gros regrets. Je considère que Cyrille Guimard a effectué du bon travail, et il y aura d’autres mondiaux pour Alexis, notamment en 2018, où la course en ligne sera difficile.

Un mot sur Holst Enger, qui est passé au travers de sa saison. Avez-vous mis un terme à son contrat d’un commun accord ?

L’adaptation a été compliquée pour Sondre, même si j’ai découvert un garçon charmant dès le premier stage. Il a eu du mal à apprendre le français, et on ne le sentait pas vraiment heureux dans l’équipe, et ça s’est vu dans les résultats. On le sentait un peu perdu, et je pense que c’était la meilleure solution de trouver un commun accord. C’est un garçon qui a des qualités, et je pense qu’il se sentira mieux dans une formation anglo-saxonne. L’essentiel, c’est qu’il puisse remettre un dossard et qu’il ait retrouvé une équipe pour 2018.

Pour conclure, de nombreux sujets sont mis sur la table, la suppression des SRM, des oreillettes, la réduction du nombre de coureurs, le salary cap,etc...Quelle est la priorité selon toi ?

Si on reprend dans l’ordre, je pense que les oreillettes sont dans le cyclisme moderne un outil indispensable, que ce soit en terme de sécurité, ou de coaching. Il faut aussi que le grand public sache qu’on ne commande pas le coureur depuis les oreillettes. Au foot, quand un gars doit tirer c’est pas son entraîneur qui lui dit de le faire, il le fait à l’instinct, et c’est pareil en vélo. Un coureur attaque parce qu’il se sent bien, et non pas car son directeur sportif lui dit d’y aller.

Concernant la réduction du nombre de coureurs sur les courses, que ce soit sur le World-Tour ou l’ensemble du calendrier international, on va voir. Cela va être plus compliqué pour nous, car par exemple, sélectionner 7 coureurs au lieu de 8 au départ de Paris-Nice, ce n’est pas la même chose. En terme de densité de course, je pense que ça ne va pas changer grand-chose, et je vous rappelle que la Sky a gagné le Tour de France en étant à 8 pratiquement tout le long de la course.

Pour finir sur le salary cap, on est pas encore un sport majeur, et il est trop tôt pour que cela arrive dans le peloton.

 

Propos recueillis par Mylène Terme

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