Interview : D.Fofonov "L'équipe a été courageuse malgré une année difficile"

Interview : D.Fofonov "L'équipe a été courageuse malgré une année difficile"

Après Thierry Bricaud (FDJ), c'est au tour de Dmitriy Fofonov, le manager de l'équipe Astana de se confier sur la saison 2017 de son équipe, Astana.

 

Bonjour Dmitriy, peux-tu tout d’abord nous dire comment vous avez vécu cette année 2017 difficile ?

Cela a été en effet une saison difficile, car déjà dès le début d’année, nous avons eu pas mal de changements sponsoring, donc du nouveau matériel, et pour les coureurs, il faut parfois un petit temps d’adaptation. On a aussi du faire face aux annulations de course en début de saison, avec le Qatar et la Méditerranéenne où nous devions être au départ, et par conséquent on a du laisser passer une période sans compétition, ce qui n’est pas l’idéal.

Ensuite nous avions un gros objectif avec le Giro pour Fabio Aru, mais son forfait a perturbé les plans. Nous avons néanmoins enchaîné avec le succès de Michele Scarponi au Trentin, qui devait ensuite mener l’équipe lors du Giro. Puis tout le monde connaît malheureusement la suite, et le décès malheureux de Michele, qui a non seulement peiné l’équipe, mais aussi l’ensemble du peloton. L’équipe a été très courageuse pour prendre ensuite le départ du Tour d’Italie et saluer sa mémoire. Tous les panneaux et les gestes de soutien pendant la course ont aussi beaucoup aidés les coureurs moralement, et ils ont porté Michele dans leur cœur toute la saison.

On a ensuite senti l’équipe remonter la pente en juin.

Oui, dès juin, on a remonté la pente avec le Dauphiné remporté par Fuglsang, qui a signé un retour victorieux et nous a redonné de la confiance et de l’ambition pour le Tour de France. Fabio a ensuite vite gagné une étape sur le Tour, même si malheureusement ensuite à cause d’une chute stupide lors d’un ravitaillement, on perd deux de nos hommes les plus importants, Jakub et Dario.

Cette perte nous a ensuite limité au niveau tactique en montagne, et on a été obligé de se contenter de suivre, sans passer à l’attaque. De plus, Fabio est tombé malade les derniers jours, et il a perdu un peu de temps en montagne, car la fièvre lui a un peu coupé les jambes.

Quoiqu’il en soit, ça nous a remis dans le jeu, et on a ensuite récupéré Lopez, qui avait jusque là des problèmes de genou. Il nous a montré à la Vuelta qu’il était très fort, et qu’il était capable de rivaliser en montagne avec les Froome et Contador, sans faire de complexe, et en prenant des risques. Sans forcément tous nos leaders et avec un collectif soudé, on a également terminé en tête du classement par équipes de la Vuelta, ce qui est une satisfaction pour nous.

Au final, et vu le contexte, on a quand même eu des bons moments, avec 23 victoires au compteur en fin de saison. Et si on regarde de plus près, on s’aperçoit qu’on a vécu une saison coupée en deux, où on a tout raté jusqu’en juin, et quasiment tout réussi à partir du Dauphiné.

Je tiens par ailleurs à féliciter les coureurs et le staff qui ont bien tenus dans cette année difficile pour nous.

Fabio Aru a été le véritable moteur de l’équipe cette année, qu’est-ce qui fait que vous n’avez pas pu le conserver en vue de l’année prochaine ?

Cela fait 6 ans que Fabio est dans l’équipe, et je vais juste souligner ce qu’il a dit sur twitter, c’est à dire qu’il remercie l’équipe Astana, et qu’il est indique qu’il est devenu le coureur qu’il est grâce à nous.

On a appris que Vinokourov allait demander des dommages et intérêts à Aru, vous sentez-vous trahi par lui ?

Alexandre Vinokourov a discuté avec Fabio avant le Giro, au moment où le marché pour les autres grands coureurs comme Landa s’est ouvert. Fabio avait une année supplémentaire en option, et normalement il devait rester avec nous. Avec tout le respect que j’ai pour lui, il y a des clauses contractuelles. On sait qu’il a changé de manager cette année, donc on ne sait pas ce qui s’est passé. Lui en tout cas ne cachait pas qu’il voulait rester dans l’équipe, et ensuite il s’est passé certaines choses qui ne sont pas très claires, mais je ne veux pas faire monter la polémique dans la presse.

Depuis quelques années, on sent que l’équipe a moins de moyens financiers, faut-il s’inquiéter pour la survie à moyen terme d’Astana ?

Disons qu’on a un budget que l’on doit respecter, et si certaines équipes avec des moyens supérieurs sont arrivées, cela créé une forte concurrence sur le marché. Et si une équipe met le double de nous, on ne peut pas s’aligner. Quand on a 100 billets dans la poche, on ne peut pas mettre le double. Après on ne dit pas qu’on manque d’argent, mais certaines équipes ont désormais des plus gros budgets que le notre. Désormais tous les coureurs ont des managers qui réfléchissent pour eux et font monter les enchères, c’est la loi du marché.

On ne peut pas dire qu’on est pas compétitif, on est là, on est solides, mais on sait bien que les budgets des équipes comme UAE et Sky ne sont pas les mêmes. Mais bon, on a maintenant un Contador qui dit qu’il faut équilibrer les salaires, c’est peut-être pas faux, mais il ne disait pas ça quand il courrait.

L’an prochain, vous aurez toujours deux leaders pour les Grands Tours, avez-vous déjà une idée de la répartition des rôles ?

On a en effet regardé le parcours du Tour de France et il y a des surprises. Un chrono par équipes, beaucoup de plaine, des pavés, aussi beaucoup de montagne, et je pense qu’il y aura des surprises sur ce Tour. Il faudra voir, on a déjà fait une première réunion et on a quelques idées pour nos deux leaders.

Est-ce que l’absence de chrono pourrait vous donner envie d’amener Lopez sur le Tour de France ?

On verra bien, avec les pavés, le chrono par équipes, on va analyser tout ça, mais je ne pense pas.

Un mot sur le recrutement et notamment l’arrivée de Magnus Cort-Nielsen, qu’est-ce qu’il va apporter à l’équipe selon toi ?

Des victoires pour l’équipe, et une visibilité sur les sprints et les classiques, c’est toujours bien de montrer le maillot du pays et de l’équipe à ce niveau-là.

Quel sera le rôle de Jan Hirt l’an prochain, aura t-il plus un rôle de soutien pour Lopez et Fuglsang, ou est-ce qu’on pourrait le voir jouer sa carte sur un GT également ?

On va travailler sur le sujet, c’est un coureur qui a démontré cette année sur le Giro qu’il était très fort en montagne. Après pourquoi pas jouer sa carte, même si chaque Grand Tour est différent et que nous avons deux très bons leaders.

Pour finir, un mot sur le salary cap et la réduction du nombre de coureurs par équipes pour les grands tours, quel est ton avis sur ces sujets d’actualité ?

Concernant le salary cap, je ne sais pas. D’un côté il faut plus d’argent qui rentre dans le cyclisme, et avec de plus gros budgets, on peut plus évoluer, faire plus de tests, avoir des ingénieurs, etc...ce qu’on ne pourrait pas faire avec de petits budgets, et on ne va pas rester dans le cyclisme des années 60. Mais de l’autre côté, quand on a une équipe avec un énorme budget qui prend un gros coureur d’une équipe, elle devrait payer pour le transfert, ce qui serait plus juste pour tout le monde. Il faut regarder l’ensemble, car il faut aussi que les petites équipes aient les moyens de courir sur les plus petites courses, et si tout ça disparaît, on se retrouvera sans coureurs dans quelques années. Je pense donc que si il faut travailler quelque chose, ce sont les systèmes de transferts.

Et concernant la réduction du nombre de coureurs ?

Cela peut-être intéressant de descendre à 8 coureurs sur un Grand Tour concernant la stratégie, car cela va limiter la tactique des grosses équipes, par contre je suis opposé à une baisse qui irait jusqu’à 6 coureurs. Si l'on se penche sur l'aspect sécurité ensuite, je ne pense pas que cela change grand-chose, car ce n’est pas la taille des pelotons qui engendre les chutes, mais les obstacles et l’état des routes parfois. Les nombreux rond-points aussi, qui heureusement sont là pour la sécurité quotidienne des gens dans les villes, mais pour une course de vélo, ce sont des obstacles dangereux.

Quoiqu’il en soit, réduire la taille du peloton ne changera rien, car derrière c’est toujours en file indienne, et quoi qu’il se passe, on aura toujours 50 gars devant qui bataillent, et tout se joue au millimètre. Après ça reste compliqué pour tout le monde, je pense aux organisateurs de Grands Tours notamment, quand on a une étape de 220 kilomètres, c’est dur de mettre des signaleurs partout. Nous par exemple on a eu la chute de Kangert sur le Giro, qui s’est produite sur un obstacle qui n’était pas signalé, et le gars a payé ça cher. De plus c’est pas bien pour l’équipe, heureusement il peut recourir mais ça aurait pu être bien plus grave, et peut-être faudrait-il revoir plus les parcours côté organisateurs.

Quand on voit des trucs stupides pour la recherche du spectacle comme les concours dans les descentes, chercher systématiquement des pavés, ou des gravillons dans les descentes, et qu’on assiste à des chutes comme au Lombardie, c’est un miracle que tout le monde soit ok, et il ne faut pas chercher les excès tout le temps non plus pour le specatcle, la priorité c’est la sécurité.

 

Propos recueillis par Mylène Terme

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