[Débat] Cyrille Guimard doit-il rester à la tête de l'équipe de France ?

[Débat] Cyrille Guimard doit-il rester à la tête de l'équipe de France ?

Après l'inauguration d'un "Cycle Historique" en début de semaine, le rédaction de Velo-Club.net continue de vous proposer ses nouveautés en vue de l'année prochaine. Et en ce jeudi 28 septembre, nous avons le plaisir de vous présenter notre premier duel entre rédacteurs, largement inspiré de ce qui peut se faire autour d'autres sports. Pour cette grande première, nous avons choisi le sujet le plus polémique de la cyclosphère française cette semaine, Cyrille Guimard doit-il rester à la tête de l'équipe de France? Pour répondre à cette question, et plutôt qu'un long monologue, nous avons posé trois questions à nos rédacteurs, censées résumer au mieux la situation.

 

Après deux courses (Euro, mondial) sans résultat probant, doit-on lui laisser sa chance?

Bertrand Guyot : il convient de dissocier l’Euro du Mondial. Pour l’Euro, aucun coureur présent à Doha n’était sélectionné et j’y vois là comme une sanction implicite de la fédération. De ce fait c’était se priver de nos meilleurs chances de médaille, et ce n’est pas Coquard, compte tenu de son conflit avec Direct Energie qui pouvait rivaliser avec les meilleurs. L'échec était prévisible et aura plus servi de message.

Pour le mondial, si l’on regarde le scénario, à 1 km près on aurait parlé de succès incontestable. Fallait il prendre un sprinter ? Je n’en suis pas persuadé, non pas parce que le parcours ne s’y prêtait pas, mais parce que aucun de nos 3 hommes forts dans la discipline n’affichaient la forme adéquate. Coquard a terminé sa saison, Bouhanni courrait derrière la forme depuis sa blessure, et la succession des bosses lui aurait été fatale à mon avis. Reste le cas Demare : Le leader de la FDJ de mars eut été plus qu’un prétendant à la victoire, c'était même un parcours taillé pour lui. Sauf qu’on a vu que Démare a explosé à Plouay et au Canada, dans des circuits à bosses. Ajouter à ça la fatigue qu’il évoquait lui même, ça paraissait mal engagé dès le départ. De plus Madiot est très proche de Guimard, s’il avait senti son sprinter apte, il l’aurait certainement évoqué avec le sélectionneur.

Guimard a donc tenté une équipe orientée punchers. Mon regret c’est qu’avec un tel potentiel, une telle force de frappe, les Français n’aient pas plus tôt tenté d'accélérer le rythme du peloton. Ils avaient les armes pour le faire, et avec l’éventuelle aide des Belges avant que Wellens ne prenne la poudre d’escampette, une vrai sélection aurait pu s’opérer avec l’élimination de certains sprinters et équipiers. Hormis cet aspect, on a vu une équipe de France offensive et présente à l’avant de la course, comme rarement ces dernières années. Rien que ça, c’est à mettre au crédit de Guimard.

Charles Marsault : Je mets de côté les championnats d’Europe, car malheureusement, et en raison d’un calendrier chargé, Cyrille Guimard n’a pas pu sélectionner la meilleure équipe de France possible. Au vu de cela, il serait donc malhonnête de le juger sur cette course. Par contre, concernant les mondiaux de Bergen, l’échec lui incombe pour moi totalement, et ce pour deux raisons.

Le choix de ne pas sélectionner de sprinteur tout d’abord, donne, à partir du moment où la course se termine par un sprint avec un groupe de 30 tort à notre sélectionneur, qui aurait du selon moi prendre Nacer Bouhanni, juste au cas où, sans équipier, ceci afin d’avoir une carte à jouer en cas d’arrivée groupée. Et qu’on ne me dise pas que ce choix ne peut pas fonctionner puisque les autres nations l’ont adopté, et qu’en 1992, à Bénidorm, cette option avait conduit un certain Laurent Jalabert à une marche du titre mondial (2ème derrière Gianni Bugno).

La seconde raison qui me fait douter de la capacité du sélectionneur à choisir les « bons coureurs », réside dans l’absence incompréhensible d’Alexis Vuillermoz, qui a pourtant impressionné depuis deux mois (victoire au tour du limousin, 4ème du GP de Québec). Lui privilégier un Alexis Gougeard, forcément fatigué par le chrono disputé 4 jours avant la course en ligne, montre que selon moi, C.Guimard a clairement loupé une donnée importante, d’autant plus que Gougeard a été très rapidement lâché, et que Vuillermoz aurait été bien utile pour écrémer un peloton, qui avec un ou deux équipiers de moins, n’aurait peut-être pas revu Alaphilippe dans les derniers kilomètres.

 

Peut-il gérer les égos à Innsbruck ?

BG : Assurément ! On évoque là tout de même une personne qui a su gérer la cohabitation Hinault - Fignon, ou Fignon - Lemond. Donc en matière de gestion d’égo je lui fait confiance, d’autant que pour qui connaît l’histoire du cyclisme, Guimard, c’est un palmarès de DS long comme le bras et qui en impose tout naturellement. Pour Innsbruck, il devra sans doute faire des choix entre nos trois leaders, Bardet, Pinot et Barguil, mais ça dépendra du programme de course de chacun, et je pense que le choix sera plus ou moins acté une fois ce dernier connu. Donc bien en amont, ce qui contribuera à déminer les éventuelles tensions.

Après il peut y avoir le facteur réseaux sociaux, qui sont prisés par l’actuelle génération de coureur, et où il ne brille pas par ses prestations. Une sortie comme celle de son dernier tweet sur la FDJ peut prêter à sourire et peut contribuer à le décrédibiliser. Pas sûr qu’on l’y voit très souvent, dans le futur.

CM : Si la question m’avait été posée il y a 20 ans, j’aurais dit oui, et ce sans la moindre seconde d’hésitation, mais le cyclisme a changé, et je n’ai pas l’impression que notre sélectionneur national ait vraiment évolué avec lui. Et si à Bergen, la question des égos ne se posait pas tant Julian Alaphilippe était au-dessus de la mêlée, les choses seront bien différentes l’an prochain à Innsbruck, avec un parcours qui favorisera les grimpeurs et les puncheurs.

Clairement, la France a 4 cartes à jouer, et bien malin qui peut dire à l’instant T qui de Barguil, Bardet, Pinot ou Alaphilippe doit être présent, et avoir un rôle de leader. En Autriche il faudra donc faire des choix, qui ne se résumeront plus à une question de profil, mais d’hommes, et qui seront plus ou moins compris. Et plus que de « désigner une tête et huit soldats », il faudra faire preuve de persuasion, d’écoute et de pédagogie pour convaincre nos meilleurs coureurs de travailler ensemble, dans l’intérêt supérieur de l’équipe. D’autant plus qu’en cas de pépin du leader désigné, il ne faudra pas que le dialogue soit rompu pour faire revenir dans le jeu, celui qui a été mis sur la touche par l’envoi d’un simple mail.

 

Est-il toujours à la page ?

BG : C’est un procès d’intention que je n’ai jamais vraiment compris. Le jeunisme ne fait pas la performance, on l’a d’ailleurs bien vu avec Moncassin mais aussi et surtout Jalabert qui a eu à sa disposition une génération plus compétitive que le premier, dans le contexte que l’on connaît. Si l’on enlève le fiasco de Doha, Bernard Bourreau, seulement plus jeune de 4 ans, a réalisé des performances remarquable en tant que DS des espoirs. En quoi serait il moins à la page qu’un autre?. Je juge sur les faits, et les faits m’ont présenté une équipe de France aux avant postes, offensive et conquérante. Le cyclisme que j’aime. Peut-être est-il daté et peut-être suis-je trop “français”, préférant les perdant flamboyants aux vainqueurs sans éclat, mais son équipe avec Alaphilippe m’a fait vibré comme peu d’équipes de France ces dernières années. Si c’est ça être largué, et bien, j’ai envie de dire : je le suis aussi...et j’aime ça!

CM : Comme évoqué un peu plus haut, pour moi la réponse est négative, et ce n’est pas forcément lui faire offense que de le dire, car Cyrille Guimard est un « Grand Monsieur » du cyclisme français, qu’il faut bien entendu respecter et féliciter pour tout ce qu’il a accompli. Quoiqu’il en soit, le décalage générationnel est là, et sans tomber dans le jeunisme, il est forcément (quasiment) toujours plus facile de comprendre une génération à laquelle on appartient, que lorsqu’on est de 50 ans son aîné. Et plus que de longues phrases, un tweet, caractérise selon moi ce décalage, c’est cette réponse complètement irréaliste (voir ci-dessous) à un message posté par la FDJ suite à un petit geste technique d’un de ses coureurs.

 

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