[Chronique] Pourquoi j'aime le Giro (par Allezlasse)

[Chronique] Pourquoi j'aime le Giro (par Allezlasse)

Existe-t-il des raisons rationnelles d'aimer une course ? Aimer le cyclisme, c'est une chose. Préférer le Tour d'Italie à une autre épreuve, c'en est une autre : après tout, il ne dépend que de ceux qui la font, et d'une année l'autre, ce n'est pas toujours l'éclate. En fait, c'est un peu comme supporter une équipe de foot : vous l'aimez quand ça joue bien, et vous l'aimez encore même si les onze joueurs sont des peintres. On n'y peut rien.

Le Giro a ce charme irrésistible des courses qui ne devraient pas exister. Lancer trois semaines les coureurs sur les routes italiennes, c'est gentiment se foutre de leur gueule : ce sont des savonnettes à la première averse venue dans le sud, des ruelles étroites dans un bled sur deux, des chemins de chèvre un peu partout dans les Alpes et les Apennins. Autrement dit dans les trois quarts du pays, puisqu'il est gavé de montagnes où que vous mettiez les pieds : au moindre carrefour, tournez à droite et vous trouverez un mur à 10%, de 300 mètres ou de vingt bornes, au choix. C'est l'enfer pour le cycliste ; c'est le paradis pour un grand tour.

Chaque année, face à la Vuelta et à la Grande boucle, c'est lui qui réunit le plateau le plus faible sur le papier. Mais quel cador fait du Tour d'Espagne un objectif en début de saison ? Personne, là où le Giro fait rêver les coureurs, qui savent le respect dû aux grandes choses. Le Tour d'Italie fait peur, il fait même fuir, et c'est ce qui fait son immensité. Parce qu'il peut y faire un temps de chien, comme neiger sur les Tre Cime di Lavaredo ou tomber une pluie glaciale sur les routes blanches de Toscane et d'Ombrie. Parce qu'on peut tout y perdre dans des scénarios qui n'existent qu'ici, comme ce jour où, on n'a jamais trop compris comment, quarante coureurs prirent un petit quart d'heure aux autres à L'Aquila - on ne parle pas des années 1950, c'était en 2010 ! Parce qu'il a l'orgueil de se prendre au sérieux : même s'il se standardise, même s'il se «Tour de France-ise» depuis une dizaine d'années et la naissance du World Tour, le Giro cultive son identité, sa singularité, plutôt que de vouloir totalement ressembler à ce qu'il n'est pas, jouer le mimétisme béât donc bête. Parfois, il va un peu trop loin, comme lorsqu'il multiplie les difficultés quasi insurmontables, grimant les coureurs en bêtes de crique. C'est l'Italie : on a besoin d'être excessif pour savoir ensuite rester raisonnable.

D'ailleurs, le Giro a bien sûr tout le charme de l'Italie, et elle n'en est pas dépourvue. La ferveur des tifosi sur le bord des routes est unique, leur respect pour les «forçats de la route» immense (voire aveugle), dans un pays où ce surnom a encore un sens sur pas mal de portions pas toujours bitumées. Même les excès - les poussettes, les hélicoptères… - ajouteraient presque du charme au charme, on n'est jamais rassasié après tout ! Les décors sont évidemment sublimes, et il n'est même pas besoin d'aller les chercher exprès : la campagne est superbe presque partout, le centre historique de la moindre petite ville vous collerait le syndrome de Stendhal en deux secondes.

Le Giro n'a qu'un défaut : une aversion caractérisée pour Rome. Après tout, l'on s'ennuie des choses parfaites.

 

Chronique réalisée par Allezlasse

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