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Interviews : Interview exclusive de Nicolas Jalabert



Interview Nicolas Jalabert


Nicolas Jalabert entame cette année sa 15ème saison comme coureur professionnel au sein de l’équipe Agritubel. Cela le place parmi les coureurs les plus expérimentés du peloton. Cela signifie également comme tous ceux qui ont une carrière aussi longue, et ils sont peu nombreux, qu’il possède un mental et des qualités physiques au-dessus de la moyenne.
Un mental supérieur, car c’est souvent la tête qui lache en premier chez un coureur professionnel, bien avant le physique. Un physique hors-normes, car pour durer aussi longtemps dans un sport exigeant comme l’est le cyclisme, il faut bien sûr posséder des capacités exceptionnelles, mais surtout avoir un mode de vie sain et rigoureux, et s’entraîner inlassablement.
Voilà donc presque 15 ans que Nicolas Jalabert est dans le milieu professionnel, pourtant il demeure un des coureurs les plus méconnus du peloton. Très discret et assez réservé au contact du public, il est un joyeux bout en train dans la vie privée. Franc, sincère, maniant l’humour avec dextérité, c’est toujours un plaisir de lui poser des questions. Il était donc important d’essayer d’en savoir un peu plus sur lui, à l’aube de ce qui pourrait bien être sa dernière saison.

Velo-Club :  Quel bilan tirez-vous de votre saison 2008 ?

Nicolas Jalabert :  En 2008 le début a été super puisque j’ai eu des résultats, même si je n’ai pas gagné de courses. Après j’ai eu une chute où je me suis cassé 2 doigts, et le reste de la saison a été handicapé par rapport à cette chute. Finalement, le bilan global n’est pas super satisfaisant.

V.C : Où en êtes-vous par rapport à votre carrière ?

N.J : J’en suis à la fin. C’est ma quinzième année et ce sera la dernière, sauf  si je venais à gagner une course comme un titre de champion de France ou une étape du Tour de France par exemple. Le genre de course après laquelle je cours depuis 15 ans, je n’aurais pas envie de m’arrêter avec les lauriers. Sinon il faut tourner la page, 15 ans c’est énorme, je pense qu’il est temps de passer à autre chose.

V.C : A part les 2 courses dont vous nous avez parlé précédemment, y a-t-il des courses qui vous font encore rêver ?

N.J : Oui il y a des courses qui me font rêver, il y en a plein. Cette année, je me suis fixé 4 courses où j’aimerais briller. C’est le Het-Volk, parce que l’année dernière j’avais bien marché, donc cette année je vais partir avec un peu plus d’ambitions, même si c’est une course où il faut une part de réussite, ne pas avoir de problèmes au moins. Ensuite Paris-Roubaix, parce que c’est un mythe. J’y suis allé très peu de fois, je n’ai pas trop d’expérience, mais j’ai envie de la préparer. Les 4 jours de Dunkerque, qui me tiennent à cœur parce que j’ai toujours aimé cette course, et les championnats de France. Si j’en gagne une de ces 4, je n’aurai peut-être pas fini.

V.C : Partagez-vous le rôle de capitaine de route dans l’équipe avec un ou deux autres coureurs ?

N.J : Oui peut-être, je ne sais pas. Moi, je suis à la disposition des gens s’ils veulent me demander des conseils, il n’y a pas de soucis. Les courses au bout de 15 ans, je les connais. Je sais comment faire pour les gagner. Je ne les gagne pas, parce que je n’ai pas les moyens physiques souvent, mais la tactique je la connais et si je peux leur apporter mon expérience à ce niveau là, ce serait avec plaisir.

V.C : On vous sent bien dans cette équipe, vous avez trouvé vos marques ?

N.J : Oui c’est vrai. J’étais bien dans toutes les équipes que j’ai traversées quand même. Avec le recul, on peut dire que j’aurais pu tomber plus mal (rires) J’ai réussi à m’adapter à toutes les équipes, même les années où j’étais le seul Français, finalement c’était une expérience à vivre, c’était enrichissant. Je suis retourné en France depuis 3 ans, ça me manquait aussi de côtoyer les Français, voilà on a fait le tour (rires).

V.C : Ne trouvez-vous pas dommage que ce groupe s’arrête en fin d’année, faute de sponsors ?

N.J : C’est sûr, parce que c’est difficile de trouver des sponsors maintenant. Le contexte est dur pour tout le monde, le chômage est partout, même dans le vélo. Il faut faire avec et se battre. Moi je parle surtout pour les autres, car personnellement j’arrive en fin de carrière, mais il faut se battre, il faut avoir encore plus envie de trouver une équipe ou un repreneur et faire des résultats.

V.C : Continuerez-vous à faire du vélo une fois votre carrière terminée ?

N.J : Moi je n’arrêterai jamais (rire) Je vais arrêter la compétition parce que c’est dur, c’est dur de préparer une saison. Vous le voyez depuis que vous êtes là, et bien c’est comme ça toute l’année. Après, je ferai du sport loisir, du vélo, du VTT, j’envisage même de faire des trails à pied. Découvrir d’autres choses quoi, mais je ne resterai jamais sans faire du sport.

V.C : Avec votre expérience, que pourriez-vous dire à un jeune pour lui donner envie de faire du vélo ?

N.J : Je crois que les jeunes ont envie de faire du vélo, c’est peut-être les parents qui ont peur, avec tout ce qui se passe. Moi, j’ai 3 garçons, et j’en ai 2 qui font du vélo et qui sont inscrits dans un club. Il faut les mettre sur un vélo, allez faire une ballade et ils se rendront compte que le vélo c’est super. Que ce soit en VTT, sur la route ou sur la piste, il y en a pour tous les goûts. On découvre la nature et c’est un sport pratiqué par tout le monde, qui n’a jamais fait de vélo ?

V.N : On n’a peut-être pas fini de voir des Jalabert dans le peloton alors ?

N.J :  Non (rire) A un haut-niveau je ne sais pas, mais en tous cas ce sont eux qui ont choisi de faire du vélo. Ils n’ont pas commencé par le vélo, ils ont fait d’autres sports avant, mais maintenant ça fait 2 ans qu’ils en font. Peut-être que, lorsque j’arrêterai, ils n’auront plus envie d’en faire, c’est peut-être le fait de me voir, pour l’instant ça a l’air de leur plaire. Moi ça ne me dérange pas que mes fils fassent du vélo, au contraire.

V.N : Voyez-vous parmi les jeunes français, quelqu’un capable de briller au plus haut niveau ?

N.J :  Sur les deux dernières années, il y en a un qui m’a vraiment impressionné, c’est Pierre Rolland. Je pense que s’il y en a un, ça peut être celui là, mais bon on n’est jamais sûr.

Eric Pesquer

 



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