Interview de Nicolas Jalabert (Agritubel)
Après un excellent début d’année, la saison de Nicolas Jalabert (Agritubel) n’a pas cessé d’être contrariée par des blessures. Notamment celle consécutive à une chute survenue lors d’une semi-classique flandrienne.
Certes, une fracture de deux doigts de la main gauche ne l’a pas empêché de participer à Paris – Nice mais l’opération et la rééducation qui s’en suivit retarda sa montée en puissance pour le Tour de France.
Un état physique affaibli et la bêtise d’un spectateur eurent ensuite raison du coureur de Mazamet (Tarn). Nicolas abandonne la grande boucle lors de l’étape qui arriva à Dignes – les – Bains.
Vélo-Club.Net a souhaité en savoir plus sur les cirscontances de l’abandon du coureur français.
« C’est dégradant de recevoir de l’urine. J’aurais préféré être insulté »
Vélo-Club.Net : Nicolas, comment allez-vous ?
Nicolas Jalabert : « Aujourd’hui, ça va. J’ai souffert d’une gastro-entérite et compte tenu de mon état physique affaibli, je n’ai pas pu continuer à courir. Cette gastro m’a achevé. »
VCN : Ce n’est donc pas le contenu de cette bouteille d’urine qu’un spectateur vous a jeté au visage qui est la raison de votre abandon ?
N.J : « Non. D’autant plus que ce spectateur a aspergé de bon cœur le peloton dans lequel je me trouvais. Christophe Le Mével (Crédit Agricole) et Luis Léon Sanchez (Caisse d’Epargne) ont également été touchés. »
VCN : Que pensez-vous de ce geste ?
N.J : « Ce mec a eu de la chance que je ne vois pas sa tête. Nous étions à 10 km de l’arrivée et il y avait du monde au bord de la route. Ce geste est gratuit, facile et hyper lâche. Pour nous coureurs, c’est dégradant de recevoir ce liquide. J’aurais préféré qu’il m’insulte. Si j’avais pu voir son visage, croyez-le, je m’arrête. Je n’étais plus à cinq minutes prés. »
VCN : Quel bilan faîtes-vous de votre tour de France ?
N.J : « Pour l’équipe, le bilan est positif. Le maillot jaune de Romain (Feillu) a été un grand moment. C’était le premier pour l’équipe Agritubel. Romain a pris le maillot le jour où il le fallait. Après, cela aurait été trop tard. Nous aurions bien aimé également le défendre mais l’étape suivante était un contre la montre individuel. Nous n’en avons donc pas eu l’occasion. Sinon, nous avons été souvent présents dans les échappées. »
VCN : Aucun regret donc ?
N.J : « Si, j’ai un seul regret. Celui que Nicolas (Vogondy) ne claque pas l’étape qui arrive à Châteauroux. C’est lui, qui pour l’instant, est passé le plus prés de la victoire sur ce tour. »
VCN : Et pour vous ?
N.J : « Le bilan est moins réjouissant. J’étais bien lors de la Route du Sud. Mons bien pendant les championnats de France. Dans le tour, je n’ai jamais pu ensuite trouver le rythme. Le retard pris en cours de saison suite à ma blessure ne s’est jamais rattrapé. Il ne se rattrape jamais d’ailleurs. »
VCN : Qu’allez-vous faire dans les jours à venir ?
N.J : « Dés mercredi, je vais prendre quelques jours de vacances à Saint Pierre la Mer (Aude). Je pars d’ailleurs de Mazamet en vélo. Il y a une centaine de kilomètres. Ensuite, je vais continuer à m’entraîner. J’ai de la force suite à mes deux premières semaines du tour, je vais essayer de la conserver. »
VCN : Quels sont vos objectifs de fin de saison ?
N.J : « Je ne participerai à ma prochaine course que dans un mois. Ce sera le Tour du Limousin. C’est une course qui me convient. Son parcours me plaît et j’avais bien réussi l’année dernière sur cette épreuve. Sinon, je participerai également à Paris – Bruxelles, au grand prix de Fourmies, celui d’Isbergues. J’ai la tête à cette fin de saison. Je suis motivé pour y faire de bonnes performances. »
VCN : Vous allez courir quelques critériums également ?
N.J : « Seulement à trois. Ceux de Dijon, de Castillon la Bataille et de Mancolès (Cantal). »
VCN : Regardez –vous la fin du tour à la télévision ?
N.J : « Oui et je me régale. Certes, j’aurais aimé être encore en course. Mais cette dernière semaine est réservée aux grimpeurs et il m’aurait été difficile d’y bien figurer. Par contre, c’est hallucinant de voir les risques pris dans les descentes par les coureurs. »
VCN : Attendez, je ne comprends pas. Vous aussi, vous prenez les mêmes risques ?
N.J : « Ma femme m’a posé la même question (rires). Lorsque vous êtes sur un vélo, vous ne calculez pas. Vous ne voyez pas non plus le ravin comme celui de la Bonette. Même l’arrivée à Jausiers était dangereuse. Les organisateurs s’en sortent bien. Il n’y a pas eu de chute. »
VCN : Que souhaiteriez-vous dire à vos coéquipiers qui sont en course encore ?
N.J : « Courage (rires). Après l’arrivée à l’Alpe d’Huez, ce sera gagné pour aller à Paris. Mais il restera encore deux étapes dans nos cordes. Celles qu arrivent à Saint –Etienne et à Montluçon. Puis, pour les Champs–Elysées, Jimmy (Casper) et Romain (Feillu) pourraient nous réserver une belle surprise. »
VCN : Et à vous supporters ?
N.J : « (rires) J’ai fait ce que j’ai pu. J’essaierais de faire mieux la prochaine fois. »
Propos recueillis par Frantz Delagrange