Chaque semaine, Vélo-Club du Net vous offre des interviews de coureurs et de directeurs sportifs mais les passionnés du cyclisme féminin sont, à tort, trop souvent oubliés. Nous avons donc essayé de combler un peu cette lacune. Après un reportage intitulé «A la découverte de Caroline Payot-Podevin» (ICI), nous vous proposons l’interview d’une des figures emblématiques du cyclisme féminin canadien, à savoir la talentueuse Lyne Bessette.
Malchanceuse en ce début de saison sous les couleurs de la formation allemande T-Mobile, la québécoise, âgée de 31 ans, sera bientôt de retour dans le peloton. Présente au plus haut niveau depuis maintenant presque 10 ans, Lyne Bessette a réussi à se forger un très joli palmarès tout en s’adjugeant également des titres tels que cycliste la plus jolie et la plus gentille et, pour avoir eu le bonheur de la rencontrer, ces distinctions ne sont nullement usurpées.
Vélo-Club du Net : Tout d’abord, comment évolue votre blessure (luxation de l’épaule survenue lors des Jeux du Commonwealth) ?
Lyne Bessette : Tout va bien merci. Je fais beaucoup d’exercices pour renforcer mon épaule douloureuse et normalement, je devrais être au départ du Tour de l’Aude le 12 mai prochain.
VCN : Début d’année, vous avez aussi été victime d’une chute au Tour de Geelong (commotion cérébrale). La poisse ne vous quitte pas pour l’instant.
L.B. : Si le dicton suivant «jamais deux sans trois !» est respecté, à savoir que j’ai déjà subi en ce début de saison une commotion et deux dislocations, je devrais donc en avoir terminé avec la malchance pour cette année!
VCN : Quels seront vos principaux objectifs pour la saison 2006 ?
L.B. : En premier lieu, aider l’équipe T-Mobile à gagner le plus de courses possibles. Ensuite, l’un de mes principaux objectifs sera les championnats canadiens sur route et en contre la montre.
VCN : Vous êtes, et ce depuis de nombreuses années, dans le Top mondial aussi bien sur route qu’en cyclo-cross. Peu d’athlète arrive à combiner valablement les deux. Quel est votre secret ?
L.B. : Je ne pense pas que ce soit un secret mais pour en arriver là, il faut d’abord aimer ce que l’on fait et c’est mon cas.
VCN : Aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, et alors que vous détenez la grande forme, tous vos espoirs de victoire sont réduits à néant suite à une chute causée par la néerlandaise Leontien Van Moorsel. A ce jour, est-ce la plus grande déception de votre carrière cycliste ?


L.B. : Oui sans aucun doute. En effet, ce jour là, j’étais dans une forme optimale au meilleur de ma carrière, cela a donc été très difficile à vivre mais que voulez-vous, c’est la vie. Cette chute était hors de mon contrôle puisque imprévisible. Ensuite, j’ai donné le meilleur de moi-même au contre la montre et j’ai essayé de profiter au maximum de mes Jeux. J’en garde d’ailleurs un excellent souvenir.
VCN : Pensez-vous déjà aux Jeux Olympiques de 2008 et avec quelles ambitions ?
L.B. : Oui, mais depuis ma mésaventure aux Jeux d’Athènes, je prends les années une par une. On verra donc cela au moment venu!
VCN : Le 21/08/2004, vous déclariez à notre confrère Fernand Bélanger de ‘La Voix de l’Est’ : «Pas question de courir sous les couleurs d’une équipe européenne d’ici la fin de ma carrière», or vous êtes à présent au sein de la formation allemande T-Mobile, qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
L.B. : Il y a seulement les fous qui ne changent pas d’avis, non! Plus sérieusement, c’était une belle opportunité pour moi et j’ai accepté. Il faut aussi dire qu’auparavant les équipes européennes ne me semblaient pas nécessairement attirantes. J’ai besoin d'un environnement où je me sens à l’aise et où je peux donner le meilleur de moi-même et tout cela, je l’ai trouvé chez T-Mobile.
VCN : Quels seront les principaux objectifs de votre formation pour cette saison ?
L.B. : Les coupes du mondes et remporter le plus de victoires possibles bien sûr.
VCN : Les cyclistes féminines de l’équipe T-Mobile sont-elles mises sur un même pied d’égalité au niveau du matériel, des soins et de l’encadrement que la formation masculine ?
L.B. : Oui, tout à fait. La seule différence, c’est qu'on a pas de gros bus! On est vraiment très bien encadré avec médecin, soigneur, directeur, manager, etc., en résumé, une organisation qui ne laisse rien de coté.
VCN : Avez-vous l’occasion d’avoir des contacts professionnels rapprochés avec des coureurs tels que Ullrich, Klöden et Sevilla ?
L.B. : Nous avons eu la chance de rencontrer l’équipe masculine et de souper avec eux au camp d’entraînement. L’approche a été difficile au début mais bien par la suite.
VCN : Croyez-vous que dans un futur proche, certains sponsors présents dans le cyclisme masculin professionnel à l’instar de T-Mobile puissent également investir dans le cyclisme féminin ?
L.B. : Alors là, aucune idée…..J’espère simplement que T-Mobile a ouvert les yeux à d’autres grandes formations masculines afin d’ouvrir une voie dans ce sens.
VCN : A deux reprises, vous avez été élue, par le Ladies Cycling Net, coureuse la plus sympathique mais également la plus jolie du cyclisme féminin. Est-ce que ces distinctions vous flattent ou n’y accordez-vous aucune importance ?
L.B. : C’est très flatteur!!
VCN : Votre mari, Tim Johnson, est également coureur professionnel au sein de la formation Maxxis (Saunier-Duval en 2005). N’est-ce pas parfois difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale ?

L.B. : Non, pas du tout. Le gros avantage, c’est que Tim et moi comprenons exactement ce que l’autre peut ressentir sur le plan professionnel et le vélo fait partie intégrante de nos vies. Nous essayons de concilier au mieux vie familiale et vie professionnelle.
VCN : Combien d’années espérez-vous encore courir et seriez-vous prête à abréger votre carrière pour devenir maman ?
L.B. : Nous aimerions avoir des enfants et si par bonheur, cela devait arriver, ce serait la fin de ma carrière d’athlète professionnelle.
VCN : Nous avons de nombreux lecteurs canadiens sur notre site. Pourriez-vous terminer cet entretien avec une expression bien québécoise à leur attention ?
L.B. : Ce n’est pas une expression à proprement parler mais cela fait partie de notre patrimoine à nous les québécois, c’est le sirop d’érable!! On en met partout! sur les oeufs, le jambon, les crêpes, les toasts, le pain, dans les tartes et les gâteaux, on en fait du beurre d’érable, de la tire sur la neige, du sucre d’érable...miam miam!
”J’adore la randonnée en montagne près de chez moi dans la région des cantons de l’Est, Mont-Sutton”
Ses principaux résultats (total 66 victoires)
2005 : Championnat du Canada de cyclo-cross
2004 : Championnat du Canada sur route
Classique Sea Otter
Pomona Valley
Tour de Toona
Classique Redlands
2003 : Championnat du Canada du contre-la-montre
Wachovia Liberty Classic
Tour de Toona
2002 : Médaille de bronze dans le contre-la-montre aux Jeux du Commonwealth à Manchester
Classique Fitchburg-Longsjo
Classique Sea Otter
Championnat du Canada de cyclo-cross
2ème de la Flèche Wallonne
2001 : Elue athlète québécoise par excellence sur route
Championnat du Canada sur route et du contre-la-montre
Tour de l’Aude
Classique Fitchburg-Longsjo
2000 : Tour de Toona
Classique Fitchburg-Longsjo
1999 : Classique Redlands
Tour de l’Aude
Classique Fitchburg-Longsjo
1998 : Médaille d’or de la course sur route aux Jeux du Commonwealth à Kuala Lumpur
1997 : Médaille d’or de la course sur route aux Jeux du Canada